Crise en RDC : des sénateurs américains exhortent Trump à s’impliquer davantage

Dans une correspondance adressée mardi à Donald Trump, sept sénateurs américains exhortent le président de leur pays à s’impliquer davantage dans la recherche d’une solution à la crise en RDC. L’une des pistes avancées : de nouvelles sanctions contre le régime de Joseph Kabila. Kinshasa se dit « surpris ».

Sept sénateurs américains ont appelé le président américain Donald Trump à intervenir en République démocratique du Congo, a appris mercredi Anadolu, d'une correspondance écrite.  Dans celle-ci, les sénateurs démocrates Cory Booker, Ben Cardin (Maryland), Dick Durbin (Illinois), Chris Coons (Delaware), Sherrod Brown (Ohio), Elizabeth Warren et Edward Markey (Massachusetts) rappellent au chef de l’État américain les raisons, selon eux, de l’aggravation de la crise actuelle en RDC : le non-respect par le président Joseph Kabila de la lettre et de l’esprit de l’accord de la Saint-Sylvestre. Un compromis politique signé in extremis le 31 décembre 2016 entre le camp présidentiel et l’opposition politique.
Il était alors question d’organiser les élections d’ici la fin de l’année et de cogérer la période préélectorale. Seulement, lors de l’application de l’accord, Joseph Kabila, dont le second mandat constitutionnel est arrivé à terme le 19 décembre dernier, a choisi de nommer les dissidents du Rassemblement de l’opposition à la fois à la tête du gouvernement et du Conseil national de suivi de l’accord (CNSA).

Un geste considéré comme une provocation, qui s’est attiré des critiques des évêques catholiques, médiateurs de ces derniers pourparlers, mais aussi des partenaires internationaux qui continent d’appeler à l’application « intégrale » de l’accord trouvé. Pis, la possibilité d’organiser les scrutins d’ici décembre ne tiendrait plus qu’à un miracle.
Dans cette correspondance adressée au président américain mardi soir, les sénateurs suggèrent d'utiliser « tous les outils disponibles pour faire face à la crise politique, sécuritaire et humanitaire, de plus en plus inquiétante » en République démocratique du Congo.

Au cas où Kinshasa continue de « refuser » de mettre en œuvre « l'esprit et la lettre » de cet accord, les États-Unis devraient, selon eux, « utiliser les moyens dont nous disposons, y compris les sanctions […] des règlements anti-blanchiment et des outils supplémentaires disponibles […] pour affecter le calcul des individus qui ont une forte influence sur le président Kabila pour l'exhorter à changer de cap », ont-ils suggéré.

Les sept sénateurs se sont inquiétés du bilan du conflit dans la région du Kasaï (centre), qui est passé à plus de 5000 morts et 1,4 million de déplacés, selon l’ONU, et des abus des droits de l’homme et les arrestations des militants de la société civile et des Journalistes.
Se référant à des guerres et conflits interminables qui déchirent la RDC, ils ont exhorté Donald Trump « d’agir immédiatement pour positionner les États-Unis à jouer un rôle de leadership pour prévenir un conflit similaire » et de se »tenir prêts pour apporter une réponse qui sauvera les vies en faisant preuve responsabilité ».

Ils se sont également dits « profondément déçus » par le plafond récemment annoncé par Trump sur les admissions de réfugiés aux États-Unis, au cours de l'année financière 2018.
Une décision qui ne pourra pas « aider les Congolais à fuir cette horrible violence », selon eux, demandant à Trump de désigner un ambassadeur en RDC et un secrétaire d'État adjoint pour les affaires africaines.

Kinshasa se dit « surpris »

« Nous sommes surpris par le fait qu’ils reviennent sur un argumentaire dépassé, alors que nous avons eu à les expliquer de long en large la situation réelle, politique et sécuritaire, en RDC », a déclaré Raymond Tshibanda, ancien chef de la diplomatie congolaise, nommé depuis « envoyé spécial » du chef de l'Etat aux USA. « Nous avons l’impression qu’ils ne nous écoutent pas, déplore le diplomate. C’est très inquiétant s’ils se contentent de ce que leur disent des opposants intéressés qui ne cherchent qu’en découdre avec le pouvoir en place à Kinshasa. »

Quant à la situation sécuritaire épinglée dans la lettre, elle serait depuis « maîtrisée » dans le Kasaï, jure Kikaya Bin Karubi, le conseiller diplomatique du Président Kabila, qui en veut pour preuve « l’enrôlement des électeurs qui se poursuit » dans cette partie centrale du pays.

« Les procès des fouteurs de troubles s’y poursuivent. Le FBI et la justice suédoise travaillent déjà avec nous pour élucider le meurtre de deux experts onusiens [l’Américain Sharp et la Suédoise Zaida Catalán assassiné en mars dans le Kasaï, NDRL] », poursuit ce proche du président qui regrette qu’ « on ne retrouve nulle part ces évolutions de la situation dans la lettre des sénateurs ». Celle-ci, nuance Kikaya, « n’engage que ses signataires ».

« Nous, à Kinshasa, nous attendons au cours de ce mois d’octobre Nikki Haley, la représentante permanente des États-Unis aux Nations unies, le seul haut responsable américain qui s’est prononcé à plusieurs reprises sur la situation en RDC », indique le diplomate congolais. « Si de nouvelles sanctions américaines tombent sur nous, ce serait un très mauvais signal », grimace pour sa part un ancien ministre.

Côté opposition, l’on se réjouit en revanche de cette sortie des sénateurs américains. Olivier Kamitatu, porte-parole de l’opposant Moïse Katumbi, y voit une « nouvelle salve du Congrès américain qui invite Donald Trump à adopter des mesures pour la mise en œuvre de l’accord de la Cenco et le départ de Kabila ». D’autant que le Rassemblement, la principale plateforme de l’opposition congolaise, ne plaide désormais qu’en faveur d’une transition sans le président actuel.

AA / JA / MCN

Dans une correspondance adressée mardi à Donald Trump, sept sénateurs américains exhortent le président de leur pays à s’impliquer davantage dans la recherche d’une solution à la crise en RDC. L’une des pistes avancées : de nouvelles sanctions contre le régime de Joseph Kabila. Kinshasa se dit « surpris ».