Comment expliquer le fiasco de l'opposition dans la rue ?

L’opposition a manqué une fois de plus son rendez-vous avec la rue ce mardi. Il y a encore quelques semaines, les mobilisations populaires, toutes interdites par les autorités, étaient étouffée par une forte présence policière, une violente répression et se transformaient en opérations villes mortes.

Ce mardi, l’appel à manifester a tout simplement été ignoré. Pourtant, la date du 19 décembre était symbolique et les Congolais avaient toutes les raisons d’afficher leur mécontentement. Il y a tout juste un an, le président Kabila achevait son dernier mandat sans avoir pu organiser les élections. Une année après, les élections, qui devaient se tenir en décembre 2017, ont été une nouvelle fois repoussées en décembre 2018… une date sujette à caution. De « glissement » en report, le processus électoral s’enlise, et au président Joseph Kabila de se maintenir au pouvoir sans organiser de scrutin.

Manque de coordination ?

Ce mardi, l’appel de l’opposition à descendre dans la rue pour faire respecter l’accord politique de la Saint-Sylvestre qui actait la tenue d’une élection présidentielle fin 2017, n’a tout simplement pas été suivi. La seule présence policière (par ailleurs assez faible) dans la capitale congolaise a visiblement découragé les plus téméraires des opposants. Les leaders de l’opposition sont restés à la maison, ont été retenus à l’étranger, où ont été empêchés de manifester, à l’image du président du Rassemblement de l’opposition, Félix Tshisekedi, qui a fini par avouer son impuissance. Face aux caméras, le patron du Rassemblement a eu toutes les peines du monde à justifier l’échec de la mobilisation : « La journée a commencé par la pluie. Les mobilisateurs n’ont pas pu se déployer. Les policiers ont également empêché aux combattants de se réunir par leur déploiement… », avant de reconnaître qu’il y avait peut être eu « un manque de coordination ». Car si la principale cause du peu de mobilisation populaire de l’opposition s’explique par la répression sanglante de la police congolaise, il faut également en chercher les causes au sein de l’opposition.

Pour une stratégie concertée

L’échec de l’opposition dans rue ne date pas d’hier. Après les manifestations de la fin 2016, la signature de l’accord politique de la Saint-Sylvestre, la mort du leader historique Etienne Tshisekedi et les divisions de l’opposition, rien ne va plus dans le camp anti-Kabila. Les manifestations, toutes interdites tournent désormais à l’opération ville… faute de mobilisation. Les débauchages de personnalités de l’opposition comme Samy Badibanga et Bruno Tshibala par le pouvoir ont réussi à perturber le semblant d’unité au sein de l’UDPS et du Rassemblement. Enfin, les positions plus conciliantes avec le pouvoir de l’UNC de Vital Kamerhe, l’exil forcé de Moïse Katumbi, et le manque de leadership de Félix Tshisekedi, n’ont pas permis à l’opposition d’afficher une stratégie claire face à Joseph Kabila. Ce manque de stratégie concertée, où les différents leaders de l’opposition tirent à hue et à dia au gré d’alliances politiques de circonstances, a semble-t-il fini par laisser une population, beaucoup plus préoccupée par la dégradation économique et sécuritaire du pays que par les petits arrangements entre opposants. « On peut perdre la bataille mais la guerre continue », a reconnu le président du Rassemblement de l’opposition, Félix Tshisekedi. Mais pour gagner la guerre, l’opposition doit à tout prix se ressaisir et se concerter, si elle veut un jour offrir une alternative crédible à l’actuel président congolais.

MCN TEAM

L’opposition a manqué une fois de plus son rendez-vous avec la rue ce mardi. Il y a encore quelques semaines, les mobilisations populaires, toutes interdites par les autorités, étaient étouffée par une forte présence policière, une violente répression et se transformaient en opérations villes mortes.