La tempête continue de secouer la Cour de cassation à Kinshasa. Moins de 24 heures après le retrait du juge président Justin Kibamba, c’est au tour du juge Thomas Otshudi, également visé par une récusation, de se déporter du procès de Constant Mutamba, l’ancien ministre de la Justice accusé de détournement présumé de deniers publics.
Un retrait double, inédit dans une affaire aussi sensible, qui met en lumière la tension croissante entre pouvoir judiciaire, opinion publique et enjeux politiques en République démocratique du Congo.
Un acte solennel au nom de la Constitution
Dans une correspondance lue à l’audience, le juge Otshudi justifie sa décision avec gravité et sens institutionnel :
« Je décide donc de me déporter au nom d’une exigence constitutionnelle d’impartialité qui doit fonder la confiance du prévenu ici présent pour que la justice demeure un sanctuaire à la hauteur de la mission des juges : dire les droits et rendre compte. Je vous laisse. »
Cette formulation solennelle souligne la conscience aiguë des enjeux liés à sa présence dans le dossier et à l’image de la justice congolaise.
Une récusation qui fragilise la composition de la Cour
Le retrait consécutif de deux membres clés de la composition constitue un événement rare dans l’histoire judiciaire récente du pays. Cela intervient suite à la récusation déposée par Constant Mutamba, invoquant un risque de partialité dans le traitement de son affaire.
Si ces décisions sont interprétées par certains comme un geste d’élégance institutionnelle, elles révèlent aussi une fragilité systémique face aux procès à fort retentissement politique.
Un procès aux contours de plus en plus politiques
Pour rappel, Constant Mutamba est poursuivi dans le cadre d’un dossier de détournement présumé de fonds publics, mais ses soutiens dénoncent une instrumentalisation de la justice à des fins politiques, visant à neutraliser un opposant influent.
Le départ volontaire de deux juges donne un nouvel écho à ces accusations, renforçant l’idée que ce procès est tout sauf ordinaire.
Et maintenant ? Une justice face à elle-même
La Cour devra reconstituer une nouvelle composition pour poursuivre l’instruction du dossier. Mais cette double déportation suscite des interrogations profondes :
- Quelle marge de manœuvre pour les juges dans des dossiers politiquement sensibles ?
- La récusation devient-elle un outil stratégique de défense, ou un indicateur de crise de confiance dans les institutions ?
Conclusion : un moment de vérité pour l’institution judiciaire
La déportation du juge Thomas Otshudi est plus qu’un simple retrait individuel. C’est un signal d’alarme sur la nécessité urgente de restaurer la crédibilité de la justice congolaise, dans un contexte où la frontière entre droit et politique devient de plus en plus floue.
Le procès Mutamba est en train de devenir un symbole : celui du combat pour une justice équitable dans une démocratie en construction.














