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Rester confinés à la maison pour se prémunir contre le coronavirus ou sortir à la recherche du pain quotidien et devenir éventuellement victime ou vecteur de la maladie. C’est le dilemme qui se présente ces derniers jours aux nombreuses populations de la capitale. En dépit du fait qu’on a demandé aux Kinois de rester à la maison, la plupart n’obtempèrent pas ou hésitent encore. C’est l’application du fameux adage «ventre affamé n’a point d’oreilles» .

A la place Pascal, au marché de la Liberté, au Grand marché comme dans les autres marchés municipaux comme Gambela, Somba Zigida, Matete et autres, l’engouement de la population est perceptible. Partout, ce ne sont pas que des vendeurs des produits alimentaires qui inondent les marchés, parce qu’ils sont autorisés, mais il y a aussi et surtout des Kinois débrouillards, venus pour telle ou telle activité pouvant lui procurer une somme d’argent.

Les cireurs des chaussures, les vendeurs à la criée, des transporteurs des marchandises et les balayeurs sont tous présents. Question de se battre pour trouver de quoi aller nourrir sa famille. Or en ce moment où le nombre des cas testés positifs pour le Covid-19 va crescendo, le confinement reste un moyen idéal pour arrêter la propagation de cette pandémie. Mais hélas! Cette méthode répond bien à une certaine catégorie de la population qui ne représente même pas le quart des habitants de la ville!

Kinshasa est en alerte. Le Coronavirus continue de donner de l’insomnie au regard du nombre croissant des cas testés positifs. Sur la liste des mesures sanitaires éditées par l’Organisation mondiale de la santé -OMS- et les autorités du pays pour éviter la propagation de cette pandémie, figure le confinement, c’est-à-dire rester chez soi. Et ne sortir que pour des besoins urgents. Cette exigence ne semble pas passer dans le chef de nombreux Kinois. Au motif qu’ils sortent pour chercher de quoi nourrir leurs familles. Parce qu’ils n’ont rien à la maison et qu’ils vivent au taux du jour. «Ne pas sortir est suicidaire pour nous et nos familles», expliquent trois vendeurs de la peinture trouvés jeudi 26 mars 2020 à 14 h à la place Pascal. Le confinement à Kinshasa, une attitude difficile pour la plupart des personnes contraintes de vivre de la débrouillardise. En témoigne le nombre impressionnant des hommes, femmes, enfants jeunes et vieux trouvés dans des arrêts des bus, dans des marchés et autres points chauds de la capitale RD-congolaise.

Un tour sur le boulevard Lumumba, dans son tronçon pris entre le quartier Mikondo dans la commune de Kimbanseke et Pont Matete, vous interdit de comprendre que la ville de Kinshasa, mieux encore le pays est dans un Etat d’urgence sanitaire. Le nombre des personnes qui marchent à pied ou qui sont postées dans des arrêts de bus pour chercher le moyen de transport est très impressionnant dans une ville engagée dans la lutte contre une pandémie mondiale.

A la question de savoir si l’on sait que le Chef de l’Etat a mobilisé pour le confinement pour éviter la contagion du Covid-19, bon nombre des interrogés du marché de la Liberté ou de la place Victoire donnent des réponses semblables. «Oui. Il l’a dit mardi dernier. Mais, nous ne pouvons rester à la maison et regarder les enfants sans leur donner quelque chose à manger. Nous sortons juste parce que nous n’avons rien à la maison», ont-ils souligné. Et de poursuivre: «Mon frère, le confinement est bon pour ceux qui ont des provisions en termes d’aliments et d’argent. Nous autres qui n’avons ni argent ni nourritures à la maison que devons-nous faire. Voilà pourquoi tu nous trouves ici».

Les vendeurs des mitrailles sous les eucalyptus au quartier 1 dans la commune de N’Djili sont tous ou presque à leurs postes. Rester à la maison ressemble à un calvaire pour eux. «Nous n’avons pas d’argent pour faire face à cette maladie. Nous sommes conscients que le Coronavirus tue mais que faire? Rester à la maison c’est bon quand on a son argent et des aliments dans le congélateur.

Pour nous qui nous débrouillons chaque jour, c’est vraiment suicidaire pour nous, c’est nous imposer le calvaire», se justifient ces vendeurs des mitrailles. Un autre d’une quarantaine d’années a poussé un ouf de soulagement parce que la journée a été bénéfique pour lui. «Tu vois, je viens d’obtenir 15.000 FC auprès d’un monsieur qui a acheté mon rétroviseur. Je n’avais rien avant. Si je n’étais pas venu à cause de ce Coronavirus, comment j’allais nourrir ma maison le soir? C’est vrai la maladie est là mais nous n’avons pas de choix», a expliqué Jacques, un des vendeurs des mitrailles à N’Djili.

Africanews / MCP

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