Le général Gabriel Amisi (alias Tango Four) a été nommé ce vendredi inspecteur général des forces armées de la RDC (FARDC). Il prend ainsi la place de John Numbi, tout en cédant son ancien poste de chef d’état-major général adjoint chargé des opérations et renseignements au lieutenant général Yav Kabey.

La nouvelle était dans l’air depuis plusieurs jours, voire plusieurs semaines et avait encore gagné en intensité samedi dernier, 11 juillet, quand Félix Tshisekedi a rencontré la haute hiérarchie militaire sans que John Numbi, visiblement « retenu » à Lubumbashi, soit présent.

John Numbi était au centre de tractations entre l’actuel président et son prédécesseur. Félix Tshisekedi est de plus en plus poussé dans le dos par ses « amis » américains. Ceux-ci ne se contentent plus désormais de déclarations matamoresques, d’annonces fanfaronnes. Les présidentielles arrivent à grands pas aux Etats-Unis et les paroles doivent se transformer en actes chez leurs alliés. Félix Tshisekedi n’échappe pas à la règle. Il doit démontrer, après avoir promis sans suite de déboulonner le tyran Kabila, qu’il peut au moins fissurer la kabilie.

John Numbi est un des premiers proches de l’ancien président à faire les frais de cette « obligation de résultat » dans le chef de Félix Tshisekedi. John Numbi, jusqu’ici seul général quatre étoiles (avec le chef d’Etat-major général des FARDC Célestin Mbala Munsense) voit Tango 4 lui succéder et recevoir, lui aussi, une quatrième étoile.

Si plusieurs ONG de défense des droits de l’homme se frottent les mains et affûtent déjà leurs argumentaires pour tenter d’obtenir que la justice congolaise s’intéresse à Numbi, d’autres soulignent que son successeur est aussi pointé du doigt pour divers dossiers d’atteintes aux droits de l’homme depuis près de 20 ans et que le militaire est aussi sur la liste des personnes sanctionnées, notamment, par l’Union européenne. « C’est un moindre mal par rapport à Numbi », explique une source congolaise. C’est surtout la seule façon, nous disent plusieurs interlocuteurs de faire accepter la chute de Numbi par Kabila. « Si Kabila accepte de lâcher Numbi, il doit avoir des garanties et le général Amisi est le seul à présenter ce profil rassurant pour l’ancien chef de l’Etat », nous indique une autre source qui insiste aussi sur le « maillage des soutiens d’Amisi. Tango 4 dispose de suffisamment d’hommes sur le terrain pour s’opposer éventuellement à Numbi en cas de fortes tensions. Ce sont les deux généraux les plus puissants du pays. Numbi est encore un peu plus puissant que Tango 4 mais, depuis ce vendredi, ce dernier dispose de la légitimité républicaine et ça, ça compense largement sa petite faiblesse numérique ».

Après le ministre de la Justice…

Depuis des mois, plusieurs observateurs de la scène politique congolaise martèle sans cesse que le temps joue contre Kabila. « La preuve encore ce vendredi. Il doit céder face à la demande de Tshisekedi qui est, lui, poussé par les Américains. Ils n’ont pas le choix », explique un observateur européen. Il rappelle que la semaine dernière, déjà, Joseph Kabila avait dû accepter de sacrifier un de ses ministres, « et pas n’importe lequel, le ministre de la Justice et Garde des Sceaux ».

Un lachâge mal vécu dans les rangs du PPRD, bien loin des déclarations tapageuses du secrétaire général du parti et candidat malheureux à la présidentielle Emmanuel Ramazani Shadary qui, quinze jours plus tôt, après la remise en liberté du ministre de la Justice Célestin Tunda, défiait Tshisekedi et les siens en lançant face aux nombreux micros et caméras « On ne nous intimidera pas ». Tunda a finalement démissionné même si le poste demeurera entre les mains du parti de Kabila, le symbole de l’affaiblissement de la formation politique de l’ex-président est patent.

Dans l’ex-parti présidentiel, le temps n’est pas aux sourires. Certains anciens ministres des gouvernements Matata entre autres cachent de plus en plus difficilement leur malaise. La critique à l’égard de l’ancien raïs est fréquente. Elle ne s’exprime pas encore publiquement, mais elle enfle. Ils sont plusieurs à accuser Kabila de « ne s’occuper que de lui, de son argent et de sa famille rapprochée ». Avec la chute de Numbi et la hausse évidente de la pression américaine (les diplomates américains en place à Kinshasa doivent tenter de rentrer le plus beau bulletin possible avant la fin éventuelle de la mandature de Trump), un nom revient avec insistance, celui d’Abert Yuma. Le patron de la Gécamines et président de la Fédération des entreprises congolaises (FEC) est en tête de liste des personnes dont la chute est la plus demandée par les Etats-Unis. Jusqu’ici, Kabila a tenu bon. Tshisekedi n’a pu faire tomber l’un des grands argentiers du clan de l’ex-président. Mais il ne fait aucun doute pour plusieurs interlocuteurs que Washington n’a pas abandonné l’espoir de le faire tomber. « S’il atteint l’hiver sans trop de dégâts, il pourra respirer un peu », s’amuse un politicien congolais. « Mais il reste la fin de l’été et une bonne partie de l’automne, ce sera long… »

L’homme rappelle aussi le dossier Thambwe-Kalev qui vient d’être « remis au goût du jour aux Etats-Unis » dans l’affaire de torture présumée contre un ressortissant américain Daryl Lewis arrêté en mars 2016 à Lubumbashi, avant d’être emmené dans les geôles de l’ANR à Kinshasa et d’être finalement relaxé sous pression américaine. La Cour suprême des Etats-Unis a refusé, le 29 juin dernier, de suivre l’avis d’un tribunal fédéral de première instance qui avait jugé que la plainte déposée par Darryl Lewis contre Alexis Thambwe (ex-ministre de la Justice) et Kalev Mutond (ex-patron des renseignements/ANR) était irrecevable car les deux personnes visées bénéficiaient d’une immunité due à leur statut au moment des faits. Une lecture balayée d’un revers de manche par les juges de la cour suprême des Etats-Unis qui ouvre ainsi la voie pour un prochain procès aux Etats-Unis contre Thambwe et Kalev. Pas question pour notre interlocuteur, qui connaît très bien le dossier, d’insinuer que la justice américaine puisse être instrumentalisée. Juste un constat que « Kabila n’a plus mobilisé le même cabinet d’avocats dans ce dossier. Il n’a pas non plus envoyé une délégation pour faire du lobbying pour ses hommes. Evidemment, la crise du Covid est aussi passée par là, mais il est évident que les deux hommes n’ont plus bénéficié de la même attention de la part de leur patron ».

Le temps ne joue décidément pas en faveur de Kabila. Le tandem contrarié qu’il forme avec Tshisekedi continue d’avancer mais le coup de pédale est de moins en moins fluide dans le peloton qui les suit et les prochaines semaines pourraient être bien pentues pour certains lieutenants de la Kabilie qui se pensaient intouchables…

La libre Afrique

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