Un à un, les dignitaires Kabilistes sont touchés par le nouveau pouvoir de Félix Tshisekedi, dans un bras de fer que l’actuel Chef de l’Etat semble, pour l’instant, remporter.

Histoire d’une drôle d’alliance. La coalition entre Félix Tshisekedi et Joseph Kabila a toujours connu des hauts et bas, sans pourtant atteindre un niveau aussi tendu. Pendant longtemps, des cadres Kabilistes, surtout politiques, ont résisté au changement de régime, aboyant parfois, comme s’ils gardaient encore tous les pouvoirs en RDC. Emmanuel Razamani Shadary en est le symbole.

« Nous sortons d’un système qui est resté longtemps au pouvoir et certains collaborateurs ont encore quelques réflexes du passé, ont tendance à croire qu’ils sont encore au pouvoir, il y a eu des actes maladroits mais, essayant de m’élever au-dessus de tout cela je crois qu’il faut privilégier la paix, la stabilité… Eviter toute crise intempestive qui aurait un impact sur l’économie et l’évolution du pays », avait appelé Félix Tshisekedi dans les colonnes du journal Belge Le Soir.

En effet, durant toute l’année 2019, le candidat malheureux du FCC à la Présidentielle ne manquera pas d’occasion pour clamer la force politique de son camp, frisant parfois la provocation à l’endroit du pouvoir du président Félix Tshisekedi. En novembre, Shadary s’affiche en Kimono, promettant des “uppercuts” et défiant plus que jamais l’UDPS et ses alliés. D’autres dirigeants du PPRD lui emboîtent le pas. Henri Mova, ancien secrétaire général du PPRD entre mai 2015 et février 2018, s’est fait remarqué dans une sortie à polémique. « Comme vous le pouvez voir ! Est-ce qu’il (Emmanuel Shadary, ndlr) avait échoué ? Est-ce que quelqu’un qui a échoué peut-il se tenir avec autant d’assurance devant les gens ? Est-ce qu’il peut avoir encore la force diriger autant des personnes comme aujourd’hui? Comprenez qu’il s’agit des stratégies. Comme le Général Che Guevara lui-même, notre Général Major, c’est toujours de la stratégie ».

Le fait est que depuis son élection, Félix Tshisekedi est décrit comme un « pantin » tant par l’opposition, emmenée par Martin Fayulu, que par des cadres même de Kabila. Ces déclarations ont peu-être fini par jouer une influence chez le président congolais qui semble visiblement décidé à prendre les choses en main. Mais Shadary ne sera pas le premier à être touché. Dans des échanges qui resteront secrets, il est rapporté qu’Albert Yuma, dirigeant de la Gécamines et très puissant proche de Kabila, serait allé jusqu’à menacer le président congolais de destitution.

Bras de fer
Soudain, Félix Tshisekedi rend les coup. Yuma se voit interdit de voyager. La justice enquête désormais sur lui, dans un dossier de détournement présumé de 200 millions de dollars. Continuant sur sa lancée, Emmanuel Shadary croit bien faire en venant au sécours de Yuma, menaçant de “paralyser le pays”. A son tour, il est épinglé à l’aéroport de N’djili, interdit de voyager, accusé de détenir un passeport diplomatique dont il n’avait pas le droit. Le lendemain, la panique gagne Shadary lorsqu’il apprend que son domicile au centre-ville de Kinshasa pourrait lui être retirée…

La soeur-jumelle du président Joseph Kabila, plus réservée certes, voit la DGM la rappeler à l’ordre, du moins à en croire certains médias. Elle se serait soustraite des démarches de voyages à l’aéroport. Mais le coup le plus spectaculaire touche l’homme le plus intouchable de la maison Kabila. Kalev Mutond, flic et maître espion de Kabila, est ciblé par les renseignements, accusé, semble-t-il, d’atteinte à la sûreté de l’Etat. Lui aussi est interdit de voyager.

Joseph Kabila et le FCC n’ont jusque-là, répondu que par des voies discrètes entre les deux camps. En dehors de l’épisode de Londres, qui avait donné lieu à des menaces de dissolution de l’Assemblée nationale de la part du président Tshisekedi et de destitution de la part de la coalition de Kabila, le FCC n’a jamais répondu officiellement aux incidents touchant Shadary ou, désormais, Kalev Mutond.

A Kinshasa, le mythe du pouvoir Kabiliste tombe néanmoins. L’insolent silence de sa coalition laisse entendre que cette dernière ne dispose pas beaucoup de marges de manœuvres pour répondre au président congolais. Tant, aux yeux de la rue et de la communauté internationale, Félix Tshisekedi dispose d’un grand soutien. Un quelconque affrontement pourrait rapidement précipiter la coalition de Kabila.

Cependant, il est aussi clair que ni le PPRD, encore moins le FCC ne resteront de marbre face à ce que beaucoup de leurs cadres qualifient “humiliations répétées et inutiles”. Au risque d’avoir une réaction concertée et demeurée.

Politico

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