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Ainsi donc le Bureau du Sénat, profitant des vacances parlementaires, est parvenu à voter ce lundi 5 juillet, la levée de l’immunité parlementaire de l’ancien Premier ministre et ancien ministre des Finances congolais Augustin Matata Ponyo, validant ainsi le réquisitoire du Procureur général près de la Cour constitutionnelle M. Jean-Paul Mukolo Nkokesha dans le dossier du remboursement des créances dues par la RDC suite à la zaïrianisation des début des années 70.

Montant des faits infractionnels selon le PG, 110 millions de dollars et 25 millions de livres sterlings qui auraient été sortis des caisses de l’État sous la signature de Matata Ponyo pour rembourser des créanciers étrangers… inexistants. Autrement dit, cet argent aurait purement et simplement été détourné.

Dans son réquisitoire, le PG explique : « des enquêtes menées à la Direction générale de gestion de la dette publique (DGDP), on ne retrouve aucun dossier des 300 prétendus anciens propriétaires qui auraient perdu leurs biens meubles et immeubles du fait de la zaïrianisation » et le PG de citer dans son réquisitoire les noms de ceux qui « représentent les 300 créanciers » qualifiés un peu plus loin de « fictifs ».

Souci, les créanciers prétendument « fictifs » commencent à se manifester et des articles de presse sortis il y a plus de 15 ans, montrent que certains de ces créanciers ont déclaré publiquement avoir reçu des remboursements de l’État congolais.

Des remboursements de créances parfois avec « de solides décotes » insistent des représentants ou certains créanciers avec lesquels Lalibreafrique.be a pu s’entretenir.

Les 300 créanciers fictifs semblent donc bien exister. L’intersyndical de la DGDP avait interpelé le PG dès la sortie de son réquisitoire pour le mettre en garde et invoquer le fait qu’il avait dû être « induit en erreur ». Dans le courrier de la DGDP on pouvait lire :

« l’Intersyndical de la DGDP invite le procureur près la Cour constitutionnelle à rectifier son réquisitoire et à ne plus indexer la DGDP, qui n’a pas payé ni monté des dossiers fictifs au profit de qui que ce soit.

Les anciens propriétaires des biens zaïrianisés ont bel et bien été indemnisé et les ambassades européennes à Kinshasa peuvent en témoigner ».

Le texte expliquait ensuite que la DGDP est la seule gestionnaire du dossier biens zaïrianisés, conformément à la loi de 1978 portant mesure de recouvrement des sommes dues à l’Etat par les acquéreurs de ses biens.

Le courrier insistait encore sur le fait que c’est « sur recommandation du FMI, de la Banque mondiale et du club de Paris que la RDC était contrainte d’indemniser les victimes de la zaïrianisation, afin de bénéficier de l’effacement de la dette extérieure. (…) Les déclarations sur l’existence des dossiers fictifs, qui n’existe même pas dans le grand livre de la dette publique, est une tache d’huile sur la crédibilité de l’institution DGDP qui doit jouer un rôle très important dans le nouveau programme du Gouvernement avec le FMI et la Banque mondiale. Le service de la dette extérieure a effectué son travail de manière régulière à travers la chaîne de paiement de 2006 à ce jour ».

Le PG n’a rien voulu entendre et c’est sur base de ce réquisitoire douteux que le bureau du Sénat s’est empressé de lever l’immunité parlementaire de l’ancien Premier ministre.

« Les 300 créanciers existent, explique un ancien membre de cabinet qui a travaillé aux Finances sous le ministre Athanase Matenda (Ex-FCC passé à l’Union sacrée), qui avait déjà commencé à rembourser ces créanciers. Les remboursement n’ont pas été faits sur un coin de table. Tout s’est fait sous l’égide de la Banque Mondiale et du FMI. Des ambassadeurs européens ont été témoins de tout ce processus ». Et l’ancien fonctionnaire de poursuivre : « j’espère que ces institutions internationales, que les ambassades se feront entendre. »

Ces remboursements ont représenté un effort conséquent pour les caisses de l’État congolais mais le pays n’avait pas le choix. Il devait passer par ce remboursement pour pouvoir être de nouveau éligible aux programmes de soutiens financiers de la Banque mondiale et du FMI..

Tous les interlocuteurs habitués aux rouages institutionnels congolais insistent sur le fait que le ministre des Finances n’est que le signataire. « Tout le travail préparatoire, les négociations, sont menés par le DGDP« , poursuit notre interlocuteur qui veut croire que le PG a été « mal renseigné ».

Une explication qui fait sursauter un ancien proche collaborateur de Matata Ponyo qui évoque ce réquisitoire comme « au mieux comme un tissu d’approximations au pire comme un mensonge délibéré« .

Dans le camp Matata, on se dit « relativement serein ». On veut croire qu’il y a « suffisamment de témoins dans les ambassades et parmi les institutions internationales pour clore rapidement ce dossier dans un Etat de droit ».

« Ce n’était pas le bon dossier à ouvrir contre Matata », évoque un habitué des cercles de pouvoir congolais. « Les doutes pèsent sur lui depuis son passage au Bureau central de Coordination (Bceco). L’homme à un paquet de casseroles, pourquoi tenter de le chercher sur ce dossier des remboursements? «

« Tout est politique dans ce dossier »

D’autres, dans la classe politique, jusque dans les rangs de l’Union sacrée, se montrent plus sceptiques. Pour nombre d’interlocuteurs, « tout est politique dans ce dossier ». « Tout est fait en regardant vers 2023 ».

Matata Ponyo dispose d’une bonne crédibilité sur la scène internationale, plus peut-être que sur le plan national. Il est de l’est, du Maniema. Il dispose là-bas d’un bon ancrage qui lui permet de peser d’un certain poids… surtout dans une période où les candidats potentiels à la présidence tombent comme des mouches du côté swahiliphone. Vital Kamerhe est toujours en détention, dans l’attente d’une hypothétique grâce de son « ami » Félix Tshisekedi. Modeste Bahati, devenu président du Sénat, a perdu son embryon de popularité. Moïse Katumbi est toujours dans le viseur du pouvoir qui, à travers la proposition de texte de Noël Tshiani (pourtant pas élu), espère pouvoir l’exclure de la course à la présidence sur base d’un texte centré sur les « origines » des candidats. Une nationalité bien difficile, voire impossible à établir avec certitude dans un pays sans registre de la population, avec 9 pays voisins et où les ethnies ne s’arrêtent jamais aux frontières tracées par les colons. Il s’agirait donc d’une loi qui, sans oser le dire, chercherait à faire du délit de faciès un argument légal pour exclure des candidats à la présidence… Une loi bâtie sur mesure pour exclure Moïse Katumbi.

S’il parvient à ses fins dans le dossier Katumbi, Félix Tshisekedi, qui a avoué qu’il était candidat à sa propre succession, songe déjà à mettre les autres adversaires potentiels de l’est sur une voie de garage. Matata est de ceux-là mais il n’est pas le seul à pouvoir éventuellement récupérer la colère des électeurs swahilophone du pays.

L’actuel président de la RDC, qui vient, le 30 juin, de franchir le cap de son demi-mandat n’ignore rien des conditions dans lesquelles il est arrivé au pouvoir. Il sait qu’il n’a jusqu’ici aucun bilan positif à présenter aux électeurs et que les caisses de l’Etat sont vides. Avoir fait trébucher Kabila ne sera plus un argument de campagne en 2023… A moins, bien sûr qu’il parvienne à obtenir un report du scrutin de quelques mois ou années. La campagne de com’ lancée par le Premier ministre sur la nécessité d’un recensement avant d’aller aux urnes à des airs de déjà-vu pour obtenir un ajournement du scrutin. Une provocation de plus du pouvoir à l’égard du peuple congolais mais aussi d’une communauté internationale qui se fatigue de plus en plus de l’homme sensé incarner l’alternance et qui apparaît de plus en plus comme un triste clone de son prédécesseur.

La libre Afrique

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