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Vital Kamerhe, ex-chef de cabinet de Félix Tshisekedi, ne devrait pas purger ses 13 ans de prison.

Privé des traditionnelles fêtes à l’occasion de l’anniversaire de l‘indépendance du pays, pour la deuxième année consécutive à cause du Covid-19, le président congolais Félix Tshisekedi a mis le cap sur l’est du pays, région de son épouse mais aussi de son ancien directeur de cabinet et partenaire lors de la création de Cach (Cap sur le Changement), la plateforme politique qui lui a permis de concourir à la présidentielle de décembre 2018 et d’être finalement désigné victorieux de ce scrutin dont aucun procès-verbal d’aucun bureau de vote n’a jamais été publié par la Commission électorale nationale indépendante (Ceni).

Point de fête, point non plus de tournée pour exhiber la “relique” (une dent) du premier Premier ministre congolais Patrice Emery Lumumba. Une tournée qui devait emporter toute la cour présidentielle à Lumumba-ville (dans la province de Sankuru, centre de la RDC), Kisangani (nord-est) et Shilatembo (Haut-Katanga, dans le sud-est), où M. Lumumba a été assassiné en janvier 1961, quelques mois après l’indépendance de l’ex-Congo belge, dans des circonstances restées obscures mais en présence d’officiels belges.

Comment dès lors donner de l’éclat à ce 30 juin, synonyme de 61e anniversaire de l’indépendance ? Pour les fidèles de Vital Kamerhe, la réponse était toute trouvée : gracier leur chef de file, condamné à 20 ans de prison en première instance dans le dossier des détournements de fonds publics dit “dossier des 100 jours”. Beaucoup des membres de son parti, l’Union pour la nation congolaise (UNC) envisageaient déjà que leur favori serait acquitté en appel. Il n’en a rien été. Le 15 juin dernier, la cour d’appel de Kinshasa/Gombe a confirmé la culpabilité de Kamerhe, ramenant la peine de 20 à 13 ans de prison, alors que son coaccusé, l’entrepreneur d’origine libanaise Samih Jamal voyait, lui, sa peine passer de 20 à 6 ans de prison.

Dissensions au sein de l’UNC

“Pourquoi cette différence de traitement”, a interrogé Billy Kambale, le Secrétaire général de l’UNC qui, dans la foulée, a proposé de suspendre la collaboration entre son parti et la formation présidentielle (UDPS) “en attendant l’évaluation de l’accord de Nairobi” qui avait entériné les noces entre Kamerhe et Tshisekedi fin novembre 2018.

Le fougueux Secrétaire général a vite été rappelé à l’ordre par les plus anciens du parti, plus pragmatiques, comme certains ministres de l’actuel gouvernement peu enclin à abandonner leur poste pour si peu. Ils ont été soutenus publiquement par un poids lord du parti, Jean Baudouin Mayo qui, en bon avocat, a plaidé la cause de ce mariage et souligné sa confiance dans la justice de son pays. “J’invite les membres de l’UNC au calme et à la réflexion pour des décisions globales et fédératrices”, avant d’ajouter : “Hier 20 ans, aujourd’hui 13, pourquoi pas un acquittement demain”. Lancé le 16 juin, à deux semaines de la fête nationale, la petite phrase a fait fantasmer tous les supporters de Kamerhe qui se sont souvenus de l’article 87 de la Constitution qui prévoit : “Le président de la République exerce le droit de grâce. Il peut remettre, commuer ou réduire les peines”. Tous attendent donc de pied ferme l’annonce de la grâce présidentielle ce 30 juin et voient dans la présence de Tshisekedi à l’est du pays, berceau de leur parti, un argument de poids pour cette mesure.

“Il espère bénéficier des retombées locales de son annonce”, c’est certain, explique un proche de Kamerhe convaincu de l’annonce de cette grâce dans les prochaines heures. “Sans oublier qu’il aura besoin des voix de l’est que nous pourrons lui amener pour la présidentielle de 2023.” D’autres évoquent les craintes du clan Tshisekedi vis-à-vis des révélations que pourraient faire les proches de Kamerhe dans le dossier qui lui vaut sa condamnation et qui impliquerait, selon eux, des “très très proches du président”.

“Il n’est pas venu ici que pour sa rencontre avec le président rwandais”, explique un policier congolais de Goma toujours sous le choc de la visite du président Kagame ce dimanche dans sa ville. “Son escorte de 200 soldats d’élite avec leurs armes de précision ont fait forte impression et rangé au rang de pantins les 60 gars mal équipés qui ont accompagné notre président à Gisenyi la veille”.

Espoir douché

Dans le camp présidentiel, on se mure dans le silence. Seul un de ses conseillers ose un “la grâce est en discussion mais c’est très tôt. Bien trop tôt après le verdict en appel”. Tous s’accordent sur le fait que Kamerhe ne purgera pas toute sa peine, “loin de là”, et tablent au mieux sur “une grâce en fin d’année, voire dans un an”, soulignant le fait que les magistrats proches de la majorité présidentielle qui ont tranché dans ce dossier ont fait valoir qu’ils perdraient leur crédit si le président devait gracier son ancien directeur de cabinet aussi rapidement.

Quant aux éventuelles révélations sur l’implication du clan Tshisekedi dans les malversations du “dossier des 100 jours”, dans la cour présidentielle, sans se prononcer sur le fond, on indique que “le temps a passé”, les “éventuelles pseudo-révélations s’apparenteraient à des rumeurs ou des règlements de compte sans réel impact”.

La libre Afrique

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