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Pour avoir déclaré que «le Congo n’est pas un pays en guerre » lors de son intervention devant des investisseurs américains à la première édition du North Southern Investment Forum, l’Inspecteur Général des Finances, Jules Alingete essuie des critiques acerbes. Estimant que ces propos sont « moqueurs et anti-patriotiques », le Panel d’experts de la société civile exige sa démission ou son limogeage par le Chef de l’État.

A Goma, chef-lieu du Nord-Kivu, des associations de jeunes prévoient des manifestations le weekend prochain pour protester contre les mêmes propos tandis qu’à Bunia, une association des victimes de la guerre envisage de porter plainte.

Faisant partie de la délégation congolaise composée des délégués de la Présidence de la République, des ministres des Transports, des Affaires foncières et de l’Agriculture ainsi que des entreprises publiques, le patron de l’Inspection Générale des Finances (IGF) voulait rassurer les investisseurs que la République Démocratique du Congo est un pays viable sur les plans du climat des affaires, politique et sécuritaire.

Pour ce faire, il a affirmé que la fiscalité congolaise n’est plus écrasante grâce aux profondes reformes menées et que les avancées enregistrées dans la lutte contre la corruption constituent un gage de sécurité pour les investissements.

Jusque- là tout allait bien jusqu’à ce qu’il aborde la question de la sécurité en ces termes:

« Le Congo n’est pas un pays en guerre, il est vrai que le Congo connait un petit problème d’insécurité mais cette insécurité se place à plus de 2500 km des institutions de la République, et qu’il s’agit en fait des groupes armés qui opèrent à la frontière de notre pays avec le Rwanda, une frontière riche en minerais particulièrement au Nord, mais il ne s’agit pas d’une situation de guerre et cette insécurité est actuellement maîtrisée et quand arrivez à Kinshasa ou à Lubumbashi, vous serez étonnés de ne rien voir de ce que vous suivez dans les images comme insécurité au Congo ».

L’IGF s’explique sans convaincre

Pour le Panel d’experts de la société civile, Jules Alingete a craché sur les mémoires des victimes de la guerre qui sévit dans la partie Est du pays.

« Face au degré élevé des atrocités que les congolais subissent dans cette partie et les graves violations des droits de l’Homme et du droit international humanitaire qui s’en suivent, d’aucuns ne peuvent s’imaginer qu’un haut fonctionnaire d’un service rattaché à la Présidence de la République peut se donner ce luxe de cracher sur la mémoire de toutes ces victimes en niant publiquement que la guerre n’est qu’un reportage des journalistes à la télévision », a regretté cette structure de la société civile dans un communiqué.

Elle a soutenu que « ces propos constituent une menace réelle, non seulement contre l’unité et la cohésion nationales mais aussi et surtout, créent un désarroi dans le chef des milliers et des milliers de nos concitoyens victimes de cette guerre, discréditent les efforts du Chef de I’Etat et dénudent toute la quintessence de I’Etat de Siège en Ituri et au Nord Kivu ».

Face au tollé créé par ces propos, l’Inspection Générale des Finances a tenté d’éteindre le feu, en accusant « les ennemis du développement » du pays, de tenter de faire croire aux populations de l’Est que Jules Alingete dénie leurs souffrances.

« L’Inspection Générale des Finances demande à tous ceux qui aiment notre Patrie de ne pas se prêter à la récupération politique des personnes qui ne veulent pas des investissements en RDC, alors qu’il s’agit de la voie par excellence pour la création d’emplois et le soulagement de la situation sociale des congolaises et congolais », a écrit la Cellule de Communication de l’IGF.

Pas sûr que ce communiqué puisse calmer la colère d’une frange de la population congolaise, qui a toujours été sensible à la question sécuritaire.

Junior Lomanga
Alternance

SOMBA,TEKA Ofele

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