L’érection de la localité de Minembwe en commune rurale et l’installation subséquente de ses bourgmestres, le 28 septembre dernier, continuent à défrayer la chronique en RD Congo. Depuis, il ne se passe plus un seul jour, sans que cette affaire ne s’invite dans les discussions entre Congolais, via les plateformes des médias sociaux. Pour une fois, les Congolais ont mis en sourdine leurs querelles de chapelle, pour s’opposer à la décision des dirigeants du pays sur le nouveau statut administratif de Minembwe.

A haute et intelligible voix, Mgr Sébastien Muyengo, évêque d’Uvira, a récemment déclaré que “l’érection de Minembwe en commune rurale, est une tentative de créer tout un territoire pour les membres de la communauté Banyamulenge”, identifiés comme des Congolais rwandophones. Et d’ajouter : “Hier, c’était la question de nationalité, aujourd’hui c’est celle de la terre.” Plutôt que de parler de la commune de Minembwe, l’évêque d’Uvira s’est exprimé en termes de ” terres ou territoires occupés”.

L’opinion se rappelle que c’est ‘à la suite de toutes ces réactions que le Président Félix Tshisekedi, en séjour la semaine dernière à Goma, avait annoncé la suspension du décret n°13/029 du 13 juin 2013 conférant le statut de ville et de commune à certaines agglomérations de la province du Sud-Kivu dont Minembwe. Etant donné qu’il s’agit d’un décret, par parallélisme de forme, les Congolais attendent, sans doute dans les jours à venir, un autre décret du Premier ministre abrogeant ou suspendant, selon le cas, la décision querellée du Premier ministre d’alors Augustin Matata Ponyo.

FACE AU SILENCE DE L’OPPOSITION, FAYULU REBONDIT

Au moment où se cristallise une dynamique populaire en RD Congo pour protester contre la mue de l’agglomération de Minembwe en commune rurale, un silence de plomb est observé dans le camp de “Lamuka”, plateforme électorale créée en novembre 2018 à Genève en Suisse. Sauf réminiscence collective, sinon les Congolais ne se souviennent pas avoir entendu de réaction significative, ni de Moïse Katumbi ni de Jean-Pierre Bemba sur ce sujet qui alimente une vive polémique dans l’opinion.

Vu des analystes, ce profil bas qui frise une certaine indifférence d’une opposition que d’aucuns qualifient de gentille face au pouvoir, ne devrait étonner personne, dans la mesure où les deux “opposants” précités paraissent “prisonniers” de leur positionnement ambiguu vis-à-vis de l’actuel pouvoir. Sinon, comment interpréter autrement, ce silence de l’opposition républicaine, face à la protestation dans le pays tout entier, d’un acte gouvernemental ? La réaction contre la mutation de Minembwe en commune rurale, devrait-elle venir seulement de la population ? Voilà, autant de questions qui sont posées dans les rues de Kinshasa où l’on n’a encore du mal à digérer le silence radio des opposants.

Cependant, pendant que ses coéquipiers de “Lamuka” semblent être très réservés sur l’affaire Minembwe, Martin Fayulu donne de la voix. Dans un twwet publié en fin de semaine dernière, le président national du parti politique Engagement citoyen pour le développement (ECIDé), a invité la population congolaise à la résistance, comme l’avait fait le Dr Jean-Price Mars à ses contemporains haïtiens, face à l’occupation américaine en juillet 1915.

“Je demande aux Congolais de s’opposer à l’instauration de Minembwe en commune rurale. Cette initiative téméraire est une sérieuse menace à l’intégrité territoriale de la RDC. J’invite le peuple congolais à la vigilance de manière à faire échec à ce plan de balkanisation du pays”, avait tweeté Martin Fayulu. Et d’ajouter : “Si aujourd’hui nous baissons les bras et laissons Minembwe entre les mains de ses occupants, demain nous aurons le pays balkanisé”.

C’est donc un Martin Fayulu qui rebondit (de la bonne manière ?) sur un sujet fédérateur. Il sort la tête au moment où les autres opposants ont délibérément opté pour le silence ou le service minimum. Le candidat de Lamuka à la présidentielle du 30 décembre 2018, va au-delà de son invitation à l’indigénisme, Martin Fayulu appelle les Congolais à une marche d’unité et de défense de l’intégrité du territoire national, ce mercredi 14 octobre.

Quelle que soit l’opinion que l’on se pourrait faire sur lui, qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, Martin Fayulu a donc capté le mécontentement de la population congolaise. Que certains acteurs politiques et leurs affidés, prennent des raccourcis pour l’accuser de récupération politique, d’aucuns pensent, cependant que cela ne devrait pas constituer un grief à reprocher à Martin Fayulu, de surcroit opposant.

D’ores et déjà, le meilleur “perdant” de la présidentielle de décembre 2018, apparait comme l’opposant numéro 1 en RD Congo, sinon le leader populaire, face au silence inquiétant de l’opposition par rapport à un sujet, une décision relevant de la souveraineté et même de l’intégrité du territoire national. Si les choses s’étaient passées sous le régime de Joseph Kabila, Dieu seul sait ce qu’on n’aurait pas entendu dans les rangs de l’opposition d’hier, aujourd’hui au pouvoir.

Grevisse KABREL
Forum des as

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