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Rien, alors rien de nouveau sous le soleil politique rd congolais. Après la déchéance jeudi 10 décembre, de tout le bureau de l’Assemblée nationale, le jeu politique en RD Congo se jouera désormais autrement. Nos honorables députés, disons plutôt nos très “braves” députés nationaux de la nouvelle majorité, ont des étoiles dans les yeux et ne cachent plus leur émerveillement !

De son côté, le Président Félix Tshisekedi, requinqué par sa nouvelle majorité, peut s’estimer très heureux d’avoir beau jeu pour les trois années restantes de son quinquennat. Le “diable” (FCC?) étant “vaincu”, Fatshi (le messie ?) prend dorénavant de l’ascendant sur son ancien partenaire, redevenu adversaire. Les Congolais eux, attendent impatiemment leur assomption collective pour le paradis !

LA RECETTE 2003

Au-delà de l’effervescence, de l’enthousiasme ambiant après la chute du Bureau Mabunda, la RD Congo a ce mérite d’avoir administré une bonne et nouvelle leçon de démocratie à ses voisins. L’enseignement à retenir est que l’on peut se constituer une nouvelle majorité parlementaire en pleine législature, sans nécessairement passer par les urnes ! Moralité, la majorité issue des législatives du 30 décembre 2018 s’est effritée. Principale victime, le Front commun pour le Congo (FCC), méga plateforme électorale dirigée par l’ancien Président congolais Joseph Kabila.
Sous les tropiques, rien d’étonnant ni de surprenant, dans la mesure où la nouvelle majorité parlementaire acquise à la faveur de la transhumance, rappelle la recette expérimentée en 2003. Soit, après les travaux du Dialogue inter Congolais organisé à Sun City, au pays de Cyrille Ramaphosa.

De retour donc de Sun City, Joseph Kabila, alors chef de l’Etat, avait réussi à aspirer plusieurs cadres des autres partis politiques. En l’occurrence le Mouvement de libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba et le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), dirigé en son temps par Azarias Ruberwa, deux des quatre vice-présidents de la République, sous le format 1+4 au sommet de l’Etat, mis sur pied après les travaux dudit Dialogue.

Dix-sept ans après, c’est le Président Félix Tshisekedi qui expérimente la même recette et gagne le combat d’une nouvelle majorité parlementaire. La fin justifiant les moyens.

Cependant, les Congolais ont vu neiger. De même qu’à partir 2003, nombre d’acteurs politiques de l’époque se trouvant dans le camp Bemba, avaient quitté ce dernier pour le camp de Joseph Kabila, la tendance est donc restée constante. Les hommes politiques congolais sont prédisposés à aller vers celui qui incarne le pouvoir suprême. Cette même aptitude s’est amplifiée en 2004. On a vu qui, quitter Jean-Pierre Bemba, qui Azarias Ruberwa, qui encore Arthur Z’Haïdi Ngoma pour la Kabilie d’alors.

LA GESTION DES AMBITIONS : UNE BATAILLE DIFFICILE ?

Si le poisson est toujours dans l’eau, pas évident qu’il soit toujours dans le filet. Fort de l’expérience de plusieurs décennies, l’homme politique congolais est donc ce poisson d’eau chaude qui vogue au gré des vagues. Son changement de camp ne traduit pas forcément ses convictions. En tout cas, ce n’est pas l’idéologie d’un camp au pouvoir qui l’intéresse. Il n’en a cure. C’est plutôt, son équation personnelle. Sa quête de positionnement dans les institutions du pays contrôlées par un nouveau pouvoir. Si les uns, plus nombreux, ne jurent que par un poste ministériel, d’autres ambitionnent le Portefeuille. D’autres encore, la diplomatie.

A la suite de cette réalité qui s’affirme comme une donnée figée du jeu politique de leur pays, les Congolais ne sont pas naïfs et ne se laissent pas berner. Ceux qui ont quitté Joseph Kabila aujourd’hui, après autant d’années de salamalecs et d’encensions, pour embrasser Fatshi, n’ignorent pas les dividendes qu’ils attendent de ce dernier. Qui donc parierait sur les chances d’un Félix Tshisekedi sans pouvoir, d’engranger les mêmes parts de marché, si à partir de sa très symbolique 11ème rue Limete, avait lancé le même appel pour, par exemple, combattre la dictature? Combien d’acteurs politiques l’auraient suivi ?

L’opinion nationale n’ignore pas que parmi les raisons de la rupture de la coalition FCC-CACH, figurent notamment, les multiples plaintes du parti présidentiel par rapport à la clef de répartition des postes de responsabilité (Gouvernement, Portefeuille …)

Secret de polichinelle, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), n’avait de cesse d’accuser son ancien allié de se tailler la part du lion. De même que ce grand parti des masses s’est plaint de n’avoir que des miettes, d’aucuns anticipent pour dire qu’il sera lui-même, cette fois-ci, buté à la même difficulté de contenter ses nouveaux alliés de la nouvelle majorité parlementaire.

Sur base de cette expérience (malheureuse ?) du passé, nombre d’analystes pensent qu’après son combat gagné de l’Union sacrée de la Nation, une bataille non des moindres attend le Président Félix Tshisekedi. A savoir la gestion des ambitions. Car, il serait antinomique qu’au moment où il met le cap sur la requalification du quotidien des Congolais, le Chef de l’Etat mette encore en place un gouvernement éléphantesque, dans un contexte économique post-Covid-19 assez précaire. L’antidote ne serait-il pas d’avoir un Exécutif à format très réduit non seulement pour plus d’efficacité dans l’action, mais aussi et surtout, pour sécuriser les maigres Finances publiques.

Grevisse Kabrel
Forum des As / MCP

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