« Ce qui a été volé ne nous appartient pas». Secrétaire d’Etat à la Politique scientifique du royaume de Belgique, Thomas Dermine en est profondément convaincu. Lui qui exerce la tutelle sur le Musée royal de l’Afrique centrale (Africa Museum) à Tervuren, où se trouvent la plupart de biens emportés sous l’ère coloniale. C’est dans cette optique que le Premier ministre belge, Alexander De Croo, a remis hier à son homologue congolais, Jean-Michel Sama Lukonde, l’inventaire des 84.000 œuvres d’art et objets culturels, ‘‘acquis abusivement durant la colonisation’’.

Invité au 6ème Sommet entre l’Union européenne (UE) et l’Union africaine (UA) qui a démarré hier jeudi 17 février à Bruxelles, le chef du Gouvernement congolais a commencé la journée par sa visite au Musée royal d’Afrique centrale où il a été accueilli par son homologue belge, accompagné par Thomas Dermine et Guido Gryseels, le directeur de l’AfricaMuseum.

C’est à cette occasion que Sama Lukonde a reçu de mains d’Alexander De Croo un inventaire numérisé des 84.000 objets ethnographiques et organologiques congolais détenus par l’institution culturelle, qui représentent au total 70% de sa collection, rapporte rtbf.be.

L’objectif de la démarche amorcée par le Gouvernement belge est, sans doute, d’évaluer dans quelles conditions ces pièces culturelles ont été obtenues et de permettre, à terme, la restitution des objets mal acquis à l’époque de la colonisation.

«Selon le musée, précise rtbf.be, une grande partie de ces pièces a été obtenue légalement. Pour une partie, cependant, la lumière doit encore être faite. C’est pourquoi un budget de 2 millions d’euros a été dégagé par le gouvernement. Il est néanmoins déjà acquis qu’un certain nombre d’objets feront l’objet d’une restitution en raison de leur provenance frauduleuse. Parmi ces derniers, figure notamment la statue Nkisi Nkonde, spoliée fin 1878 dans la région de Boma».

«Ce qui a été volé ne nous appartient pas»

«Ce qui a été volé ne nous appartient pas», a déclaré à cet effet Thomas Dermine, le secrétaire d’Etat à la Politique scientifique, repris par le quotidien belge Le Soir.be dans sa parution d’hier. «L’heure de la restitution d’objets spoliés au Congo est venue», avait-il signifié lors d’une conférence de presse tenue au mois de novembre de l’année dernière à l’ambassade de Belgique à Kinshasa.

L’hôte des autorités congolaises avait réaffirmé sa volonté de restituer à terme à la RDC tous les objets acquis dans le passé «de façon illégitime» lors de la période coloniale, ou, auparavant, durant celle de l’Etat indépendant du Congo (EIC) léopoldien.

«Les objets acquis par nos ancêtres de façon illégitime ne nous appartiennent pas, avait-il insisté. Ils ne sont pas à nous. Ils appartiennent au peuple congolais… Il faut au contraire adopter une position centrée sur la perspective du Congo qui est de reconstituer l’identité culturelle d’un peuple, le vôtre qui a été trop longtemps privé de la mémoire, de la créativité et de la spiritualité de ses ancêtres».

Collaboration entre Kinshasa et Bruxelles

A travers le geste posé, Bruxelles tient à harmoniser sa démarche avec les autorités congolaises, veillant à ce que le processus de restitution puisse également tenir compte du destinataire des biens restitués.

«Nous allons mener ces recherches en toute transparence, en regardant notre passé en face», a déclaré Alexander De Croo, soulignant l’importance de l’événement pour «construire un futur commun entre les populations congolaise et belge». Par ailleurs, cet inventaire devrait être rendu public d’ici la fin de l’année, via le site web de l’Africamuseum.

«C’est le début de la restitution des pièces»

Satisfait de cette marque de considération, Jean-Michel Sama Lukonde a estimé qu’ «il s’agit ni plus ni moins d’un moment historique (…) parce que c’est un processus volontaire qui se fait en toute collaboration, de manière égalitaire».

«C’est le début de la restitution des pièces. Mais, c’est la suite d’un processus qui était déjà engagé et dans lequel il y avait beaucoup d’échanges. Et donc aujourd’hui, c’est un acte marqué par le Royaume de Belgique de garantir, que ce sont les engagements pris qui se manifestent aujourd’hui par des gestes concrets. Pour nous, le plus important, c’est le message. La lettre, c’est déjà un acte posé», a indiqué Jean-Michel Sama Lukonde.

Visite du couple royal

Avant d’annoncer la visite du Roi des Belges en RDC, De Croo a reconnu que l’histoire de la colonisation révèle certains aspects tristes, mais qu’il est aujourd’hui important d’avoir ensemble un regard optimiste sur l’avenir de l’Afrique, indique un communiqué diffusé hier par la cellule de communication du Premier ministre congolais.

«Aujourd’hui, note Sama Lukonde, les conditions sont réunies. Nous attendons cette visite du couple royal belge au mois de mars à Kinshasa. Cette visite s’inscrit dans le cadre de la collaboration que nous avons entre le Royaume de Belgique et la République Démocratique du Congo. Dans la suite, le gouvernement va être représenté. Ce sera une bonne occasion pour échanger sur toutes les opportunités de collaboration entre nous et le Royaume de Belgique, notamment dans le domaine économiques».

Yves KALIKAT
Forum des as

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