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Dès lors que Jean-Pierre Lacroix a reçu les délégations Lamuka et FCC, on ne doit plus faire la politique de l’autruche.

Après les consultations organisées en novembre dernier par le Président Félix Tshisekedi, quid de la crise politique en RD Congo? Autrement dit, ces contacts directs avec de différents acteurs politiques et sociaux ciblés, ont-ils réussi à sortir la RD Congo de la crise? La question fait polémique sur les réseaux sociaux. Certains internautes, s’appuyant sur le satisfecit du Conseil de sécurité des Nations Unies, accordé le vendredi 18 décembre au chef de l’Etat congolais, pensent que ce sentiment est une reconnaissance en très haut lieu, de la fin de la crise en RD Congo.

Cependant, d’autres considèrent que les consultations sus-évoquées n’ont pas totalement évacué l’impasse en RDC. Les tenants de cette thèse étayent leur argument par les audiences que Jean-Pierre Lacroix, Secrétaire général adjoint de l’Onu chargé des opérations de maintien de la paix en RD Congo, avait accordées à la délégation de Lamuka et à celle du FCC. Dès lors que le diplomate français a reçu les deux délégations, protagonistes à la situation actuelle du pays, c’est que ça sent toujours la crise en RD Congo.

S’agissant justement de la sécurité en RD Congo, le Conseil de sécurité a condamné pour la énième fois, l’activisme de tous les groupes armés dans le pays. Dans la même veine, il a sévèrement désapprouvé des cas de violations avérées du droit international humanitaire, des normes applicables du droit international ainsi que d’autres cas d’atteintes aux droits de la personne commis par les mêmes groupes armés opérant sur l’immense territoire congolais.

MALGRE LE SATISFECIT…

Que le Conseil de sécurité maintienne la sécurité de la RD Congo dans son agenda, le pays entier ne peut que s’en réjouir, au regard de ses multiples enjeux géopolitiques et même géostratégiques dans la sous région. Que le même Conseil de sécurité des Nations unies accorde son satisfecit au Président Félix Tshisekedi, des hérauts des Relations internationales y vont de leurs analyses. Légitime.

Cependant, plusieurs analystes de la politique congolaise estiment qu’au-delà du sentiment de satisfaction du Conseil de sécurité, la véritable jauge reste la situation en interne. Pour ne pas dire la politique intérieure du pays. La question qui se pose est celle de savoir si l’initiative de Félix Tshisekedi a réussi à sortir le pays de sa crise politique actuelle qui se traduit par l’instabilité des institutions. A priori, d’aucuns diraient non. Cela pour plusieurs raisons.

La première, c’est que l’autre partie de Lamuka, plateforme électorale de l’opposition incarnée par le tandem Martin Fayulu et Adolphe Muzito, pense que la sortie de crise en RD Congo consiste à vider les comptes des élections générales du 30 décembre 2018. Pour ces deux leaders de l’anti pouvoir qui n’ont pas participé aux consultations «nationales» initiées en novembre dernier par l’actuel président de la République, la crise de légitimité des institutions actuelles du pays et de leurs animateurs, tire ses origines de ces élections.

Evidemment, la donne Lamuka pouvait être tenue d’isolée si, dans l’entre-temps, il n’y avait pas ce divorce brutal entre les deux anciennes plateformes de la coalition qui, jusqu’à preuve du contraire, dirige encore le pays. A savoir le Front commun pour le Congo (FCC) dirigé par l’ancien Président Joseph Kabila et le –Cap pour le changement (CACH), cartel porté par l’actuel Chef de l’Etat congolais.

Ainsi qu’on peut le constater, à l’exigence de Lamuka de vouloir coûte que coûte, liquider les comptes du scrutin de 2018, s’ajoute la crise entre le FCC et CACH. En tout cas, sauf si l’on voudrait délibérément faire abstraction de cette impasse, la famille politique de Joseph Kabila et celle de Félix Tshisekedi (Union sacrée) vivent leur saison de désamour.

Lorsque Jean-Pierre Lacroix, Secrétaire général adjoint chargé des opérations de maintien de la paix en RD Congo, reçoit une délégation de Lamuka et celle du FCC, il n’y a pas mille façons de comprendre ces audiences, si ce n‘est la recherche de voie de sortie royale de la crise actuelle. Autrement dit, le diplomate français n’aurait pas reçu les deux camps s’il n’y avait pas crise. A preuve, la situation actuelle est celle où le président de la république Félix Tshisekedi est depuis près de deux mois très en froid, non seulement avec le Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba (FCC), mais aussi avec tous les membres du Gouvernement issus de la famille politique de Joseph Kabila. Dans cette situation de méfiance, les réunions du Conseil des ministres ont été suspendues depuis le vendredi 23 octobre dernier. Depuis, plus rien.

VIVEMENT L’IMPLICATION DES ORGANISATIONS REGIONALES

L’annonce de la création d’une Union sacrée en RD Congo a suscité un tel engouement que nombre d’acteurs politiques ont renié leur «serment» fait en début de législature en cours. Mais de quelle manière va donc se traduire cette Union sacrée qui alimente l’impatience et suscite autant d’espoirs et d’attentes ? Il semble que là est la question. Voire toute la question. Et, la réponse à cette problématique reste encore inconnue.

Ainsi, au-delà de l’effervescence ambiante observée dans le camp de nouveaux alliés de Félix Tshisekedi, des analystes non engagés pensent que l’issue à l’impasse actuelle nécessite l’implication des acteurs extérieurs indépendants. Et, parmi les intermédiaires qu’ils préconisent, ces analystes en appellent donc à l’implication des organisations régionales dans la recherche de solution à la situation qui prévaut depuis plusieurs mois en RD Congo.

Pour si peu que ses ambitions soient corporatives, il faut cependant, souligner que l’Union sacrée est bien loin d’être le rassemblement de tous les Congolais. Bien au contraire, elle est l’union des acteurs politiques qui ont adhéré à la vision de Félix Tshisekedi. Mais ces derniers ont en face d’eux, d’autres Congolais qui pensent autrement et qui ne se retrouvent pas en cette Union sacrée. Moralité, on ne peut pas ne pas tenir compte de ces autres Congolais, qu’ils soient majoritaires ou pas.

A tous égards, personne ne saurait dire que la donne politique en RD Congo n’a pas changé. Beaucoup de choses se sont produites. Au jour d’aujourd’hui, tout se fait dans le sens de tenir la famille politique de l’ancien président congolais, très à distance de la gestion du pays. Mais, est-ce là, la meilleure façon de régler la crise politique ? Peut-être. Toutefois de nombreux observateurs considèrent que la mise en écart de la Kabilie dans la gestion de la res publica n’est qu’un aspect de l’impasse.

Grevisse KABREL
Forum des as

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