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Depuis la mise en application du programme du gouvernement central sur la gratuité de l’enseignement de base, les mouvements de protestation se multiplient. De plus en plus d’enseignants des écoles publiques sont en grève. Et notamment dans les écoles conventionnées par les Églises.

La colère ne semble pas retomber. Des syndicats d’enseignants d’écoles catholiques (Synecat) et protestantes conventionnées avec l’Etat ont lancé un mouvement de grève pour protester contre la chute de leurs revenus. Le mouvement est parti du Sud Kivu le 25 septembre dernier et a gagné d’autres régions du pays. Ce mardi 5 novembre à Lubumbashi dans le Haut-Katanga, les enseignants ont cessé le travail. La gratuité de l’école pour tous, mis en place par le nouveau président Félix Tshisekedi, depuis la rentrée ne passe pas.

Les instituteurs ont vu ainsi leurs salaires diviser par trois ou quatre en moyenne dans le pays. Les syndicats d’enseignants affirment avoir touché seulement 120.000 francs congolais soit 75 dollars contre 250 à 450 dollars, quand leurs salaires étaient pris en charge par les parents, selon les syndicalistes. L’Etat n’a pas les moyens de payer des salaires décents.

Pas de marche arrière du gouvernement

Le coût de la gratuité de l’école pour tous est estimé autour de 2,3 milliards d’euros, soit 40% du budget total de la République Démocratique du Congo. L’un des principaux syndicats d’enseignants le Syndicat des enseignants du Congo (Syeco) estime même qu’un peu plus de 100 000 enseignants n’ont pas touché leurs salaires.

Le pouvoir ne veut pas en tout cas revenir sur sa promesse, celle d’une éducation accessible à tous. Mais le chantier de la gratuité reste titanesque. Un peu plus de 50% des quelques 80 millions d’habitants ont moins de 18 ans. La gratuité a été perçue comme une mesure salutaire pour les Congolais ordinaires dont le revenu moyen plafonne à moins de deux dollars par jour. Le taux d’extrême pauvreté serait d’environ 73% en 2018 dans le pays, selon la Banque mondiale.

A Bandundu, les agents et fonctionnaires de l’EPST kwilu 1 ont débuté leur grève ce mardi 5 novembre après plusieurs démarches et réclamation sans succès auprès des autorités tant provinciales que nationales. Ils réclament le paiement de 36 mois de salaire qui selon eux sont coupés illégalement par le service de contrôle de paie des enseignants secope en sigle.

Ces mouvements de grève, lancé par des écoles protestantes et catholiques, agacent les parents d’élèves. Le 29 septembre dernier, signe de tension, des messes ont été perturbées à Bukavu par des manifestants qui accusent le clergé de tirer les ficelles du mouvement de grève.

Hier à Lubumbashi, les élèves se sont rendus au gouvernorat de la province pour réclamer au gouverneur Jacques Kyabulala de mettre un terme à la grève des enseignants de plusieurs établissements de la ville Cuprifère indiquant qu’ils se rendent tous les jours au cours mais sans rien faire ; les professeurs refusant de donner cours et les laissant oisifs.

Rééquilibrer villes et campagnes

Le Synecat explique que cet arrêt de travail est un acte de solidarité envers leurs collègues employés par l’État mais jamais payés. Ces enseignants ne recevaient de salaires que des parents, un principe aboli par le chef de l’Etat depuis septembre.

Au niveau national, le Syeco estime qu’il existerait 105 000 enseignants sans salaire dans tout le pays. Le gouvernement promet de lancer une opération d’identification d’ici‪ au 15 novembre‬, un préalable avant d’envisager de leur payer un salaire.

Ce n’est pas le seul motif de grève dans l’ex-Katanga. Le mouvement de protestation touche d’autres territoires en milieu rural. Dans certaines écoles, les enseignants protestent contre la différence de traitement entre ville et campagne. Tous ont perdu la prime des parents. Mais à Kinshasa ou à Lubumbashi, en guise de compensation, un enseignant touche 124 dollars de plus. En milieu rural, ce n’est que 24 dollars. Cécile Tshiyombo, présidente du Syeco assure qu’elle travaille avec le gouvernement afin d’obtenir un rééquilibre.

La gratuité de l’école, une longue quête

C’est sous l’ère Mobutu dans les années 1980 que l’Etat met fin à la gratuité de l’école. Le pouvoir central n’a plus les moyens de payer les salaires des enseignants. Pressé par les institutions internationales FMI et Banque mondiale pour réduire son train de vie, le pouvoir de l’époque avait fait le choix de porter une partie de la charge sur les familles.

La Constitution congolaise de 2005 stipulait bien que l’enseignement primaire gratuit et obligatoire. Mais le texte n’est pas appliqué. En 2018, encore plus de 3,5 millions d’enfants n’étaient pas scolarisés dans le pays avant l’instauration de la la gratuite ce 2 septembre 2019.

TV5 Monde / RFI / MCP

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