Ecoutez cet article

L’Udps au pouvoir serait-elle en train d’adorer aujourd’hui, les antivaleurs qu’elle n’avait cessé de dénoncer sous les régimes de Mobutu et de J. Kabila?

« Le Président de la république, Félix- Antoine Tshisekedi, a encore l’occasion de se rendre crédible par rapport à ses promesses faites à la Nation pendant les consultations », a déclaré M. l’abbé Donatien N’Sole, Secrétaire général de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), dans une déclaration faite le dimanche 17 octobre sur Radio Okapi.

Réagissant à l’entérinement dans le cafouillage, de membres de la nouvelle CENI (Commission électorale nationale indépendante), le samedi 16 octobre à l’Assemblée nationale, le SG de la Cenco se demande si le Chef de l’Etat « prendrait la responsabilité de ramener le pays en arrière« .

« J’ai du mal à croire que ce qui s’est passé au Parlement, serait les instructions qu’il (le Chef de l’Etat, Ndlr) a données au Bureau de la Chambre. Ca va se savoir. Si c’est ça, alors ça devient grave et on aurait à faire à un Comité central du temps de Mobutu« , déplore le même prélat dans sa déclaration à la radio onusienne à Kinshasa.

Selon cette voix autorisée de l’épiscopat congolais, l’entérinement de nouveaux animateurs de la Ceni ne peut qu’alarmer tout Congolais épris du souci de voir le pays avancer vers la consolidation de la démocratie. « On se rend bien compte qu’on fait un pas en arrière et c’est triste. Si on regarde dans le passé, on se souviendra qu’une bonne partie de ces députés n’ont pas été votés mais fabriqués par le laboratoire de la CENI. C’est à cela qu’on voudrait nous amener ? », s’interroge l’abbé Donatien N’Shole cité par le même média.

L’UDPS PERPETUERAIT-ELLE LES ANTIVALEURS REPROCHEES AU FCC ?

A la suite de ces dénonciations de l’abbé Donatien N’Shole, il y a donc lieu de se demander si, dans les faits, il a tort. La réponse est sans doute non, à en juger par la praxis politique de l’actuel régime. Ici, des observateurs sérieux remontent la filière, en commençant par la formation de la nouvelle majorité parlementaire, après la liquidation en décembre 2020, de l’ancienne coalition FCC-CACH.

Avec moins de 100 députés à l’Assemblée nationale, le Président Félix Tshisekedi, commandant en chef de la Nouvelle majorité (Union sacrée de la Nation), en compte à ce jour plus de 300. Ce, grâce au débauchage de la plupart d’anciens députés élus sur les listes des partis politiques membres du FCC, plateforme chère au Président de la république honoraire, Joseph Kabila.

Se prononçant sur ce qui s’est passé le samedi dernier au Palais du peuple, le député UDPS André Mbata, président de la Commission mixte paritaire, a mis en exergue le caractère impératif du mandat d’un député national. Soit. Mais en même temps, des analystes indépendants opposent à André Mbata, l’article 54 alinéa 7 et 8 du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale, déclarée conforme à la Constitution par la Haute cour.

Au terme de cet article, « chaque député national est membre du Groupe parlementaire auquel appartient le parti politique dans le cadre duquel il a été élu. Les groupes parlementaires sont constitués pour une durée de la législature« .

Par ailleurs, les mêmes analystes évoquent également l’article 26, alinéa 4 du bréviaire de la Représentation nationale qui stipule « qu’au début de chaque législature, les partis et regroupements politiques déposent au bureau provisoire de l’Assemblée nationale une déclaration écrite d’appartenance à la Majorité ou à l’opposition politique, dument signée par chacun d’eux« . C’est tout dire.

A la suite de ce qui s’est passé à l’Assemblée nationale lors de la formation de la nouvelle majorité parlementaire, où on a vu des députés quitter délibérément leurs groupes parlementaires pour embrasser l’Union sacrée, on est donc en droit de s’interroger sur ce qui en reste de cet article 54 du règlement intérieur de l’Assemblée nationale.

Certes, le mandat impératif d’un député national, comme le définit Jean-Jacques Rousseau, est impératif dans la mesure où celui-ci est lié à la notion de souveraineté populaire. Et donc, dans un régime politique qui choisit la souveraineté nationale, les élus détiennent un mandat représentatif et se permettent de représenter l’ensemble de la nation.

Cependant, nombre de spécialistes s’accordent sur le fait que le caractère impératif du mandat d’un député national, ne doit nullement cautionner un certain vagabondage politique en cours de législature. Sinon à quoi auront encore servi les groupes parlementaires ?

Revenons à l’entérinement des membres de la nouvelle Centrale électorale. Ici encore, les choses se sont passées comme au beau vieux temps où des chefs des partis déclarent n’avoir mandaté leurs délégués. Cas de Moïse Katumbi qui, dans une déclaration faite le week-end dernier, a récusé Paul Mohindo, désigné rapporteur adjoint de la CENI, au nom du parti Ensemble pour la République. Il en serait de même pour l’UNC de Vital Kamerhe qui dit n’avoir délégué personne au bureau de la Centrale électorale entériné le week-end dernier, sur fonds de plusieurs irrégularités, en commençant par le fonctionnement même de la commission paritaire, à laquelle les députés du FCC n’avaient pas participé.

Une autre question qui se pose est celle de savoir quel est le Procès verbal de la plateforme Confessions religieuses qui a donné lieu à l’entérinement de ces membres de la nouvelle Ceni, quand on sait que le seul document valable à propos serait, selon les textes, le PV dument signé par l’Eglise catholique et l’Eglise du Christ au Congo, qui assurent respectivement la présidence et la vice-présidence de cette même plateforme, chargée de la désignation, par consensus, du candidat président de la Ceni.

Tout ce que l’on sait, est que les deux confessions religieuses avaient fait état d’un PV de carence de compromis sur la question, avant de dénoncer la corruption qui a couronné le processus. Plus d’une fois, M. l’abbé Donatien N’Shole n’y était jamais allé avec le dos de la cuillère, déclarant qu’il détenait des preuves irréfutables de corruption et des messages audio d’intimidation. Selon le prêtre, la tête de Denis Kadima s’est « vendue » soit à 100.000 dollars américains, soit à une contrevaleur d’une jeep. Ce que les deux confessions religieuses n’avaient pas du tout digéré.

Tout bien considéré, on se demande si l’UDPS, parti noyau de l’USN, serait aujourd’hui, en train d’adorer ce qu’il a brûlé pendant les trois décennies de sa lutte. En tout cas, on attendait tout du parti présidentiel sauf la continuité, la perpétuation des antivaleurs qu’elle a dénoncées sous Mobutu et sous Joseph Kabila.

Là ou le bât blesse, c’est le fait que certains dignitaires de l’actuel régime, sans retenue ni gêne, puissent justifier les mêmes antivaleurs, en évoquant le régime Kabila. Pas donc étonnant de les entendre dire : « Sous Joseph Kabila, ça se faisait aussi« . Bon sang ! Si tel est le cas, alors l’alternance tant réclamée en termes de gestion de la chose publique, n’aura donc été qu’un leurre. A défaut, une hallucination. Comme qui dirait, « la critique est aisée, mais l’art est difficile« .

KANDOLO M. et Grevisse KABREL
Forum des as

DiaspoRDC TV

LAISSER UNE RÉPONSE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
Veuillez entrer votre nom ici