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Près de deux semaines après l’arrestation de François Beya, le Conseiller spécial sécurité du président Tshisekedi, un haut gradé congolais met en garde contre « un grand coup de balai mené contre les principaux opposants du régime ».

« Les interventions sont imminentes. Des armes vont être découvertes chez les principaux adversaires politiques congolais. Fayulu, Katumbi et la famille Kabila sont visés« .

Les propos cognent. Le haut gradé congolais qui tient ces propos n’a pas coutume d’allumer des incendies. Ces mots doivent s’entendre dans la logique de l’arrestation de François Beya mais aussi de la cérémonie de déclaration du « Renouvellement de la loyauté au commandant suprême » qui a marqué nombre de responsables des services de sécurité de la RDC.

Ce jeudi 17 février, en effet, les responsables des services de la police, de l’armée et du renseignement étaient conviés devant le président de la République pour un discours d’allégeance. « Face aux vicissitudes du moment, nous militaires, policiers et bâtisseurs du Service National, rassurons votre Suprême Autorité qu’aucune action de séduction de quelle que nature que ce soit, ni une quelconque campagne d’intoxication ne viendront ébranler notre engagement citoyen et notre détermination à demeurer apolitiques, républicains et légalistes pour la défense de la cause Congo », dit le texte, qui ajoute « Nous ne nous laisserons nullement inféodés ni détournés de nos missions sacrées par des vendeurs d’illusion en mal de gloriole dont l’objectif premier ne cadre pas avec votre vision axée sur le bonheur du peuple congolais. Aussi, saisissons-nous la présente circonstance pour renouveler et réitérer toute notre fidélité, toute notre loyauté sans faille ainsi que toute notre disponibilité à oeuvrer, sous votre guise, à l’accomplissement de nos nobles missions jusqu’au sacrifice suprême. Sans jamais trahir le Congo ».

En regard de cette déclaration d’allégeance, le président de la République mettait en garde : « Vous êtes là pour protéger les institutions de la République. Vous devez défendre la population congolaise et vous n’êtes pas là pour vous engager en politique. Si vous voulez vous engager en politique, c’est simple, vous déposez vos uniformes et vous rentrez à la vie civile. Vous n’êtes pas des politiques et vous n’avez pas à prendre une part quelconque dans le débat politique »

Félix Tshisekedi poursuivait encore : « Je n’aimerais pas entendre que des hommes en arme, nos vaillants soldats, nos vaillants militaires ont pris fait et cause pour une telle tendance ou une telle autre. Ce n’est pas votre travail, vous êtes attendu sur d’autres théâtres, pas celui-là. »

Certains militaires sont sortis décontenancés de cette séance de voeux qu’ils jugent comme une mise en garde à tous les services sécuritaires.

« C’est une manière évidente de mettre la pression sur tous ceux qui doivent faire respecter le droit et l’ordre. Ajoutez-y le contexte sécuritaire avec les coups d’Etat qui se sont multipliés en Afrique et vous obtenez une paranoïa qui peut déboucher sur les pires excès », explique d’ailleurs un diplomate de Kinshasa.

Dans les rangs des opposants, on ne nie pas les risques. « Il est évident que François Beya va être instrumentalisé. En deux semaines, il n’y a pas eu la moindre arrestation. Plus le temps passe, plus il faudra que cette arrestation débouche sur quelque chose de très conséquent et ce ne peut être que des arrestations de Congolais de premier plan« , explique-t-on chez un opposant. « On ne peut pas se contenter de quelques lampistes ».

« Les barbouzeries ont toujours existé dans les Etats défaillants. Le Congo est le symbole de cette défaillance, il ne faudra pas être surpris si un coup de balai est mené dans un proche avenir », explique un ministre ivoirien, présent au sommet Union européenne – Union africaine à Bruxelles.

Dans le camp du candidat malheureux à la présidentielle de 2018, on se montre dubitatif face à ce scénario. « Je n’y crois pas trop », explique un proche de MAFA. Seule certitude, un vrai passage par les urnes avec de vrais adversaires sera insurmontable pour l’actuel président. Peut-il aller jusqu’à ce grand coup de balai ? Ce serait énorme. En même temps, depuis son intronisation tout a été hors norme. La manière dont il a renversé la Cour constitutionnelle, dont il a acheté l’Assemblée nationale, imposé la patron de la Ceni. »

Aujourd’hui, malgré tous ces efforts, tous ces viols de la Constitution, l’avenir à la tête de l’Etat de l’actuel président est pourtant loin d’être garanti dans un pays où la grogne sociale ne cesse de monter…

La libre Afrique

SOMBA,TEKA Ofele

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