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Dans le monde de la prostitution, on fait immersion dans un univers pour initiés qui ont leur lexique et leurs méthodes de travail. Le Tribunal de grande instance de la Gombe, qui a réussi à lever un coin de voile sur l’hôtel « Présidence » de Ye Ying Parg, ne s’attendait pas au dépoussiérage de vieux souvenirs de la période d’ambiance et de détente dans la ville de Léopoldville. A la demande des juges pour qu’il explique ce qu’il sait de cet établissement, le chauffeur Salumu l’a défini comme étant un « flamingo », du nom de ces maisons de tolérance de la vieille époque.

L’hôtel «Présidence» est un établissement» multi-usages comprenant un immeuble résidentiel et quelques annexes derrière. Le garçon de bar Shongo a signalé qu’à l’intérieur, un grand salon reçoit de nombreux clients. S’ils sont seuls, les filles de joie se mettent à la disposition de ces membres de la communauté asiatique de Kinshasa. Pour des clients aussi exigents qu’eux, tout est prévu. Le karaoke ou boîte à musique pour ceux qui veulent danser en couple. Ici, on se trémousse sans se fatiguer.

Dans sa description, le renseignant Shongo, qui est serveur au grand salon, voit souvent des couples glisser peu après vers des chambrettes climatisées. Des minutes plus tard, certains couples en ressortent comme si de rien n’était. Et le président de la chambre de demander au jeune travailleur si par curiosité, il était entré une fois dans les chambres ou s’il avait entendu des bruits particuliers. «Je suis tenu loin de ces lieux», a dit le travailleur. L’OMP a complété cette description en signalant que derrière cet immeuble, il existe une annexe avec de dortoirs équipés de lits superposés pour les «travailleuses». On a compris à l’audience que les chambrettes servent certainement comme salles de « musculation », de « massage » ou de « déstressement ».

Tout est clair comme l’eau de roche : les filles étaient servies comme des pizzas

Ces activités se déroulaient à l’abri des regards. Et le chauffeur Salumu d’utiliser en lingala, le terme de «Kuzu» qui signifie clandestin. A cette audience, quelques constances ont été retenues. Il y a d’abord la clandestinité des activités commerciales de l’hôtel «Présidence». Tout était hermétiquement fermé pour empêcher tout contrôle des services de l’Etat. Bien qu’il y ait un policier pour renforcer le service de gardiennage, la Police nationale congolaise n’était pas la bienvenue. Même le Parquet de grande instance de la Gombe s’est vu refuser l’accès. Tout était donc verrouillé.

A l’audience d’hier mercredi 18 novembre, le Tribunal a orienté l’instruction de cette affaire vers l’infraction de séjour irrégulier des filles de l’hôtel «Présidence». Elles ont défilé à la barre et chacune à tour de rôle, devait expliquer pour quelle activité, elle était venue en RDC. Et comment se sont-elles retrouvées à l’hôtel « Présidence » et pour quelle activité précise ? Dans la quête des informations sur la régularité de leur séjour, l’officier du ministère public s’est intéressé surtout à connaître qui a accueilli chacune d’elles à l’aéroport international de Ndjili ou au Beach Ngobila ? Et comment se fait-il qu’elles se sont retrouvées toutes au « flamingo » de la Gombe.

Et comme si dame chance souriait au tribunal, une prévenue a fait état de de ses difficultés. Venue à Kinshasa pour faire des affaires, la crise sanitaire a fait capoter le projet de création d’une boutique de produits de beauté. Démunie, elle a trouvé un emploi à l’hôtel « Présidence » comme serveuse, avec un salaire mensuel de 500 dollars. Etait-elle sous contrat ? Non ! Tout était verbal.

Les juges ont fouiné également dans la procédure de l’obtention des titres de séjour. Presque toutes ont reconnu qu’elles sont passées par des amis congolais qui les ont aidées à obtenir un visa de courtoisie que l’Etat congolais a instauré pour faciliter la tâche aux expatriés dans le cadre de certains grands projets d’investissements, tels que les «Cinq chantiers». La grande surprise, c’est que la plupart de leurs visas leur procurés par des amis congolais avaient expiré, il y a des mois. Une minorité était en séjour régulier, comme l’a reconnu l’OMP. Le chef de division de la DGM, appelé à la barre, a laissé entendre que le système existe et qu’il n’a fait que l’appliquer. A la question de savoir pourquoi ce visa de courtoisie coûtait 100 dollars, il n’a pas pu identifier les agents qui collectaient ces fonds.

Face aux avocats de la partie civile qui ont fait diversion, le tribunal a recadré les choses, soutenant qu’on était en matière pénale et en procédure de flagrance, et non en matière civile. Un commerçant étranger, a indiqué l’organe de la loi, ne peut pas bénéficier d’un visa de courtoisie. De telles irrégularités peuvent faire l’objet de poursuites judiciaires.

Aujourd’hui, le tribunal de grande instance de la Gombe, qui s’achemine vers l’examen d’autres préventions, estime qu’il a progressé dans la découverte des indices qui pourront asseoir ses décisions.

Le Phare

DiaspoRDC TV

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