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Des jeunes gens ont placé des barricades sur la route entre Majengo, un quartier de Goma, et Buhene-Kihisi, dans le territoire de Nyiragongo, ce jeudi à l’aube, pour protester contre l’état de siège qui est imposé au Nord-Kivu et à l’Ituri à partir de ce jeudi 6 mai. La police les a dispersés. Acculé par ses promesses de s’occuper personnellement de la situation dans ces provinces endeuillées par la violence, le président Félix Tshisekedi a pris cette décision en début de semaine.

Le 26 avril, le Premier ministre Sama Lukonde avait évoqué le projet de déclarer l’état d’urgence, qui suppose une simple restriction des libertés. Le 30 avril, lors du premier conseil des ministre du gouvernement Sama Lukonde, le président Tshisekedi a annoncé son intention d’instaurer un état de siège – mesure beaucoup plus grave puisqu’elle suspend le gouverneur et le gouvernement provinciaux, l’assemblée provinciale, ainsi que les tribunaux civils (toutes les affaires iront désormais devant les tribunaux militaires).

Le chef de l’Etat n’a pas expliqué en quoi cette mesure permettra de lutter contre le terrorisme attribué au groupe armé islamiste ADF, au Nord-Kivu, puisque les travaux de chercheurs ont indiqué qu’une partie de ces crimes étaient imputables à des officiers de l’armée congolaise – qui auront désormais plus de pouvoir.

Imbroglio sur les noms

Lundi soir, le Président a signé l’ordonnance décrétant l’état de siège pour ces deux provinces et en fixant le début à ce 6 mai. Les nouveaux gouverneurs seront deux militaires et les vice-gouverneurs des policiers. Selon la Constitution, une telle ordonnance vaut pour 30 jours mais peut être renouvelée toutes les deux semaines par le parlement – où Félix Tshisekedi a une majorité obéissante puisqu’à chaque fois qu’elle fait mine de s’effriter, il menace de dissoudre l’Assemblée. On ne peut donc prévoir quand cette situation d’exception se terminera.

Le fait que le chef de l’Etat n’ait pas, lundi, désigné les remplaçants militaires des deux gouverneurs indique que la mesure a été quelque peu improvisée. Ce n’est que le mardi 4 mai que ces deux noms seront annoncés à la télévision publique lors de la lecture des deux ordonnances de nomination par le porte-parole de la Présidence. Mais, mercredi, coup de théâtre: les deux noms sont inversés! A quoi est dû cet autre indice d’impréparation de la mesure d’état de siège?

« Effacer le tableau »

On ne peut que le subodorer. Dès mardi, en effet, a circulé sur les réseaux sociaux un rappel du lourd passé en Ituri de celui qui venait d’être nommé son gouverneur militaire, le général Constant Ndima. Selon un document public de l’Onu, lorsqu’il était encore membre de la rébellion MLC de Jean-Pierre Bemba, il fut le responsable de l’opération « Effacer le tableau », considérée comme un crime contre l’humanité contre les pygmées Bambuti de Mambasa, perpétré à la fin 2002-début 2003.

Le général Ndima est donc nommé finalement gouverneur militaire du Nord-Kivu et le général Luboya Nkashama (un Kasaïen venu du RCD-Goma, qui avait alors administré le Nord-Kivu), nommé pour Goma, sera celui de l’Ituri.

Et la commission d’enquête parlementaire?

Cet état de siège, en outre, rend encore plus difficile le déplacement dans ces deux provinces de la commission d’enquête parlementaire qui a été nommée – mais qui n’est toujours pas fonctionnelle en raison, indique à La Libre Afrique.be une source bien informée à Kinshasa, des réticences … de l’armée congolaise à l’accepter.

Il semble donc que le président Tshisekedi ait pris un gros risque. Est-ce pour faire oublier que des protestations d’élèves à Beni (Nord-Kivu) lui ont rappelé, ces dernières semaines, qu’il avait promis de s’installer dans cette ville martyr pour lutter contre l’insécurité? Une journaliste chevronnée, Paulette Kimuntu, a été suspendue la semaine dernière pour avoir mentionné cette promesse lors de l’interview d’un député; parce qu’elle avait ajouté qu’un confrère avait demandé au chef de l’Etat de ne pas aller à Beni « en raison de ce qui s’est passé à Ndjamena » (allusion à la mort du président Idriss Déby, officiellement mort de blessures encourues au front contre des rebelles), une campagne sur les réseaux internet l’a accusée d’avoir souhaité la mort de Félix Tshisekedi.

La libre Afrique

DiaspoRDC TV

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