Lors de sa visite au Kenya, la semaine dernière, Félix Tshisekedi a invité les réfugiés congolais de par le monde à rentrer au pays. Il est cependant loin de convaincre. Certains sont même indignés par sa déclaration.
« L’exil, c’est fini! Les réfugiés politiques, c’est fini! Tous les Congolais doivent rentrer à la maison. Il y a de la place », a déclaré le chef de l’Etat congolais à Nairobi, le 6 février dernier. Cette déclaration a indigné certains réfugiés congolais, une indignation exprimée cette semaine, par un message sur Youtube, par Patrick Thona Yiombi, professeur en Corée du Sud. M. Thona Yiombi avait fui le Congo en 2002 – un an après l’arrivée au pouvoir de Joseph Kabila – et avait obtenu le statut de réfugié politique; il est aujourd’hui président du Asia Pacific Refugee Rights Network.
C’est en tant que tel qu’il a littéralement passé un savon à Félix Tshisekedi qui « après moins d’un mois au pouvoir, se permet de prendre des décisions qu’il ne comprend même pas ». Il l’accuse de se laisser enivrer par les honneurs et les acclamations de ses partisans. « Il faut que ses conseillers contrôlent Félix Tshisekedi », dit-il dans un mélange de lingala et de français.
Kabila a toujours ses milices et les services de sécurité
Et de souligner que même si Félix Tshisekedi a été placé à la tête de l’Etat, cela ne fait pas de Joseph Kabila un saint. Ce dernier, souligne l’orateur avec force, garde ses milices, telles les Bana Mura (NDLR: milice ethnique crée par le régime Kabila au Kasaï pour lutter contre le soulèvement Kamwina Nsapu en 2016-17), et contrôle toujours les services de sécurité.
Thona Yiombi raconte avoir été contacté par les services coréens de migration à propos de la déclaration de Félix Tshisekedi sur les réfugiés politiques, insistant sur le fait « qu’en Asie, ces déclarations peuvent avoir des répercussions terribles et signifier la fin de l’asile politique ».
Soulignant qu’une grande partie des réfugiés congolais dans le monde sont « Kasaïens » et « de l’UDPS », le parti de Tshisekedi, le professeur accuse le nouveau chef d’Etat de « créer des désastres pour ces familles ». « La déclaration de Félix Tshisekedi ne concerne que lui et sa famille », martèle-t-il. Et de prier les conseillers de Félix Tshisekedi de prendre rendez-vous avec le Haut Commissariat aux Réfugiés pour corriger les conséquences d’une déclaration « immature ».
Plusieurs policiers ont tiré des coups de feu, ce jeudi 14 février après-midi, à l’état-major de la police de la ville de Beni (Nord-Kivu) pour réclamer leurs salaires. Il s’agit d’une centaine de policiers nouvellement affectés à Beni qui réclament le paiement de deux mois d’arriérés. Ils ont usé de plusieurs tirs de sommation, qui ont semé la panique dans toute la cité.
Les activités socio-économiques ont fermé au marché central de Kilokwa, situé non loin de l’état-major de la police.
Quatre détenus, qui comparaissaient au tribunal militaire garnison de Beni-Butembo, près de la zone, en ont profité pour s’enfuir mais trois autres ont été maîtrisés.
Le commandant de l’opération sokola 1, le général Marcel Mbangu, s’est rendu sur le lieu. 11 présumés instigateurs de la révolte sont aux arrêts. Pour l’instant, le calme est revenu dans la ville.
Longtemps gouvernée selon des humeurs de ses gouvernants, la République démocratique du Congo (RDC) a besoin d’un changement. Elle doit, maintenant ou jamais, devenir un Etat de droit. C’est le souhait de tout un peuple, de tout un pays, de toute une nation. Et la population congolaise dans son ensemble, est impatiente. Elle veut coûte que coûte, vivre dans un Etat de droit tant chanté par tous les « politiques ».
Attention ! Etat de droit est synonyme du respect strict des textes légaux, de toutes les lois établies. Et sur ce point, aucune excuse ne sera acceptée.
Etat de droit signifie une rupture totale avec les méthodes rétrogrades utilisées par les différents régimes qui se sont succédé.
Pour ce faire, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, président de la république nouvellement élu a l’obligation de tout mettre en œuvre pour que les intérêts du peuple congolais deviennent « priorité des priorités ».
Le désormais ex-président de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) et l’équipe qui l’accompagne sont ainsi priés de rompre avec « toutes les anciennes méthodes », celles consistant à reléguer le peuple au second plan et de s’auto servir.
Le peuple congolais est donc de plus en plus regardant, étant donné qu’il a réellement cru à l’alternance qu’il a d’ailleurs obtenue au prix de son sang, et Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo le sait.
Le partenariat avec le Front commun pour le Congo (FCC) – regroupement dont l’ex-président de la RDC, Joseph Kabila, reste et demeure l’autorité morale – ne doit en aucun cas influer négativement sur le nouveau leadership qui s’est installé au pays de Lumumba. Et surtout, en aucun cas et sous aucun prétexte, faire oublier l’essentiel : le peuple d’abord.
Les Congolais ne demandent donc pas trop aux nouveaux dirigeants. Seulement, ils rappellent à la nouvelle classe dirigeante qu’elle a l’obligation de mettre fin à l’arbitraire et au « régime de complaisance ». L’Etat de droit tant souhaité doit être vécu. C’est seulement à ce prix là que l’électorat congolais peut accorder du crédit à un nouveau leadership à qui il semble faire confiance.
Les échos de la brillante participation du Chef de l’Etat, Félix-Antoine Tshisekedi, au 32ème Sommet de l’Union africaine, organisé du 10 au 11 février 2019 à Addis-Abeba, lequel a marqué son baptême de feu dans la « Cour des Grands », ne sont pas tombés dans des oreilles de sourds. Tous ses faits, gestes et propos étaient suivis à la lettre par des millions de ses concitoyens, tout heureux de le voir se positionner en jeune leader du continent et en défenseur acharné de la cause de son pays, la République démocratique du Congo, avec en prime son élection comme 2ème vice-président de l’Union africaine.
Hier mardi 12 février à la mi-journée, à son retour à Kinshasa, Félix-Antoine Tshisekedi a reçu un accueil digne d’un héros, dans une ville où aucune mobilisation des masses n’était préparée. De l’aéroport international de N’Djili à Matete/De Bonhomme, sur le boulevard Lumumba, en passant par les quartiers populeux et bouillants de la Tshangu tels que Mikondo, Kingasani/Pascal, Marché de la Liberté et N’djili quartier 1, le cortège présidentiel avait du mal à évoluer en dépit de la présence des motards « éclaireurs » avec sirènes, et d’un cordon de sécurité formé par des policiers positionnés au niveau des carrefours et arrêts de bus, de nombreux « wewa » et même des piétons ont effectué plusieurs tentatives de « blocage » de l’escorte, en vue d’exprimer, de vive voix, leurs « félicitations » à celui qui venait de porter haut l’étendard de la république, à la tribune de l’Union africaine.
Le même spectacle de taxi-motos et piétons sortant de partout et tentés de « couper » le cortège présidentiel, a été vécu sur l’avenue Poids Lourds, du pont Matete à Ndolo, de même que sur le boulevard du 30 juin, dans la commune de la Gombe.
La mi-journée d’hier mardi a connu une animation particulière, avec des cris de joie et sifflets saluant le passage de l’escorte présidentielle, jusqu’à son point de chute, à la cité de l’Union africaine, dans la commune de Ngaliema, où se trouve sa résidence provisoire.
Cet accueil chaleureux et spontané s’est voulu une marque de reconnaissance à son discours ultra-nationaliste développé à la tribune de l’Union africaine, dans lequel il a clairement et fermement appelé tous ceux qui veulent contribuer franchement à la mise en valeur des ressources naturelles du Congo, de le faire dans le cadre d’un partenariat gagnant-gagnant.
Le peuple congolais en général et les résidents de Kinshasa en particulier, très éveillés politiquement, n’ont pas raté une seule séquence de l’impressionnant agenda diplomatique du Chef de l’Etat à Addis-Abeba, à travers des entrevues de haut niveau avec le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, les présidents égyptiens Al-Sisi, sud-africain Cyril Ramaphosa, rwandais Paul Kagame, guinéen Alpha Condé, équato-guinéen Obiang Nguema, etc.
Félix Tshisekedi est rentré à Kinshasa auréolé d’une stature internationale certaine car accepté par ses pairs africains comme vainqueur de la présidentielle du 30 décembre 2019 et porteur des espoirs de la marche du Grand Congo vers la paix durable, la stabilité politique, la cohabitation non conflictuelle avec ses voisins, l’émergence économique et industrielle. D’ores et déjà, rendez-vous est pris pour que Kinshasa puisse accueillir, en 2021, le 34ème Sommet de l’Union africaine.
Prophète Ngefa azo regretter comportement ya Félix Tshisekedi ndenge azo travailler toujours na ba Kabilistes. Alobi Martin Fayulu a gagné élection topesa ye bokonzi.
Cela pourrait durer encore un mois: le nouveau président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, s’installe au sommet de l’Etat avec un gouvernement sortant qui expédie les affaires courantes, faute d’avoir nommé un Premier ministre. Trois semaines après la première transition pacifique dans l’histoire du pays, le nouveau chef de l’Etat issu du parti historique d’opposition UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès social) gère le plus grand pays d’Afrique sub-saharienne avec l’équipe léguée par son prédécesseur, Joseph Kabila.
C’est avec le chef de la diplomatie pro-Kabila, Léonard She Okitundu, que M. Tshisekedi a rencontré ses homologues africains lors de ses deux premiers déplacements à l’étranger.
Sa participation au sommet de l’Union africaine (UA) lui a permis d’asseoir sa légitimité, contestée devant la même UA par l’autre candidat de l’opposition, Martin Fayulu, qui revendique la victoire avec 61% des voix.
De retour à Kinshasa, M. Tshisekedi doit commencer à former un gouvernement. « L’actuel gouvernement expédie les affaires courantes. C’est difficile de prendre des engagements avec les ministres actuels puisque ce sont des ministres sortants », indique le député Juvénal Munubo Mubi de l’UNC, parti allié de M. Tshisekedi au sein de la coalition Cach.
Exemple parmi tant d’autres de dossiers en instance: la nouvelle équipe présidentielle souhaiterait réformer la Radio-télévision nationale du Congo (RTNC), avec moins de « culte de la personnalité » pour les dignitaires du régime et plus d’ouverture à l’opposition.
Mais rien ne peut se faire sans la nomination d’un nouveau ministre de la Communication, l’actuel Lambert Mende Omalanga étant en campagne pour l’élection au poste de gouverneur de la province du Sankuru – où des incidents se sont produits mardi.
Un nouveau gouvernement donc. Aux termes de la Constitution, M. Tshisekedi a deux solutions: il nomme un Premier ministre « au sein de la majorité parlementaire » ou « si une telle majorité n’existe pas », il nomme un « informateur » « en vue d’identifier une coalition ».
C’est à ce stade que les choses se compliquent étant donné les rapports de force parlementaires issus des élections générales du 30 décembre.
Officiellement, la coalition Front commun pour le Congo (FCC) du président sortant Joseph Kabila a obtenu quelque 330 sièges sur 500 dans cette l’Assemblée. Cette majorité doit donc imposer son Premier ministre et son gouvernement au président de la République, dans une cohabitation politique.
Une autre lecture se dessine, peut-être au fil des négociations secrètes entre les amis de MM. Kabila et Tshisekedi pour un partage des postes au gouvernement. « Les coalitions n’ont pas d’assises juridiques. Seuls existent en droit les partis et regroupements politiques. Or aucun n’a la majorité », glisse un proche du nouveau président.
« Le président devrait en principe nommer un informateur pour identifier la coalition majoritaire au Parlement parce qu’aucun parti n’a la majorité au Parlement », veut croire le député pro-Tshisekedi Juvénal Munubo.
Cette version est contestée par les proches de Martin Fayulu, qui dénoncent un « putsch électoral » orchestré par l’ancien président Kabila.
« Le président actuel (Tshisekedi) n’a pas le pouvoir de nommer un Premier ministre. Tout ce qu’il peut faire c’est entériner » le choix d’un Premier ministre par les pro-Kabila, affirme le député Daniel Msafu, de la coalition Lamuka (pro-Fayulu).
L’actuelle situation risque de durer « jusqu’au début du mois d’avril », estime le quotidien ‘Le Potentiel’.
La formation d’un gouvernement dépend d’autres rendez-vous institutionnels: l’Assemblée doit constituer son bureau définitif pour valider le nouvel exécutif. La Cour constitutionnelle doit examiner tous les recours électoraux.
Des élections partielles sont prévues le 31 mars dans quatre circonscriptions (Yumbi, Beni et Butembo) où les élections du 30 décembre avaient été reportées.
« Autant dire que la RDC tourne au ralenti », déplore ‘Le Potentiel’, résigné: « Les Congolais qui piaffent de changement doivent encore prendre leur mal en patience le temps nécessaire pour permettre aux institutions de se mettre en place conformément à la Constitution ».
Après le verdict de la Haute Cour et le succès de Fatshi au 32ème Sommet de l’UA, des observateurs conseillent au porte-étendard de Lamuka de faire le deuil de la présidentielle et de rentabiliser son énorme capital électoral. Martin Fayulu peut-il encore espérer obtenir un changement de la donne politique pour lequel il semble tant s’investir à ce jour ? La question est sur toutes les lèvres dans les rues de Kinshasa.
Cependant, si les partisans de la plateforme Lamuka continuent à croire en un aboutissement heureux du lobbying de leur leader, ceux de CACH (Cap pour le changement), coalition au pouvoir, s’en moquent. Pour les sympathisants de Félix Tshisekedi, actuel Président de la RD Congo, la page de l’élection présidentielle est définitivement tournée.
Ce point de vue des combattants et partisans des partis membres du CACH, est très largement partagé par nombre d’analystes. Ces derniers pensent qu’après l’insuccès de Martin Fayulu en interne, à l’échelle continentale et même à l’internationale, plus rien ne lui reste encore à faire.
Tous les « espoirs » d’un éventuel revirement de la situation politique en faveur du leader de Lamuka, sont allés en eau de boudin. En interne, par exemple, les mêmes observateurs mettent en exergue l’Arrêt de la Cour constitutionnelle du 20 janvier dernier, proclamant définitivement Félix Tshisekedi, vainqueur du scrutin présidentiel du 30 décembre dernier. Compte tenu de son caractère inattaquable, le verdict de la Haute Cour ne donnait aucune autre possibilité de recours au requérant Martin Fayulu. Moralité, le dossier a été définitivement classé.
Sur le plan continental, le candidat auto-proclamé Président élu dudit scrutin, espérait obtenir le soutien de l’Union Africaine. Non sans raison, quand on sait qu’à la publication des résultats provisoires le 10 janvier par la Commission électorale nationale indépendante (CENI), une dizaine de chefs d’Etat africains, avaient émis de « sérieux doutes », quant à l’élection de l’actuel Président congolais Félix Tshisekedi. On se rappelle à ce propos que l’Union africaine avait même levé l’option d’envoyer sa mission en RD Congo.
A la lumière de ce qui s’est passé du 10 au 11 février à Addis-Abeba, lors des travaux du 32ème sommet de cette organisation continentale, force est de constater que tous les Chefs d’Etat « boudeurs » de l’élection de Félix Tshisekedi, ont tourné la page. Tout a été oublié. L’élection du nouveau Président rd congolais au poste de 2ème vice-Président de l’Union africaine aura donc consacré la reconnaissance de son pouvoir. Ce qui, aux yeux de nombreux observateurs, paraissait comme un deuxième échec pour Martin Fayulu qui comptait tant sur l’Union Africaine.
Secret de polichinelle, au même moment qu’il avait la Justice locale et actionné la diplomatie au niveau du continent, Martin Fayulu avait également surfé sur un soutien international. En tout cas, il semble y croire encore. Il se trouve, cependant, que même si ces capitales occidentales n’avaient pas spécifiquement applaudi la victoire de Félix Tshisekedi, toutes ont fini par en prendre acte.
SE CONCENTRER POUR LA PLACE DE CHEF DE FILE DE L’OPPOSITION
« Ce qu’on ne peut éviter, on l’embrasse », disait Shakespeare. Au regard de la donne politique actuelle aussi bien en interne qu’à l’international, Martin Fayulu aura compris qu’il a perdu sa bataille sur le frond de revendication de la « vérité des urnes ».
Dure réalité, certes, mais la réalité reste celle-là. En tout cas, sauf ultime miracle. Sinon, on ne voit pas par quelle alchimie, le porte-étendard de Lamuka pourrait réussir à changer la donne en sa faveur.
Cependant, d’aucuns postulent que Martin Fayulu n’a pas tout perdu. Il a encore quelque chose à sa portée. A savoir la place constitutionnelle de chef de file de l’Opposition. Même s’il n’est pas issu d’un grand parti politique, le Fayulu d’aujourd’hui n’a rien à voir avec celui que les Congolais ont connu au cours des dix dernières années.
A la faveur de la campagne électorale en novembre dernier et des résultats du scrutin présidentiel, Martin Fayulu, version fin 2018 a pris du poids au point de devenir un leader politique d’envergure nationale. Par conséquent, il ferait œuvre utile s’il capitalisait cet énorme soutien des millions de Congolais qui l’avaient élu, pour se positionner en chef de file de l’opposition. Pour y parvenir, il doit faire le deuil de la présidentielle et agir le plus tôt possible dans ce sens.
La nature ayant horreur du vide, un autre acteur de l’opposition qui nourrit les mêmes ambitions, pourrait toujours se présenter à ce poste. Il faut noter que le poste de porte-parole de l’Opposition est demeuré vacant depuis la première législature. Battu par Joseph Kabila à la présidentielle de 2006, Jean-Pierre Bemba répondait bien au profil du job. Mais, le leader du MLC n’a pu accéder à ce fauteuil en raison de ses ennuis à la Cour pénale internationale.
Après les élections de 2011, Etienne Tshisekedi, candidat malheureux face au même Kabila, n’a pas vraiment paru intéressé par ce poste. Il est vrai que le patron de l’UDPS s’était autoproclamé « présidént élu ».
Fort de sa deuxième place aux joutes présidentielles du 30 décembre dernier, Martin Fayulu part favori. Question qu’il oublie définitivement la page de l’élection présidentielle. Car, élu député national, il ne sera pas n’importe quel membre de la Chambre basse du parlement. Bien au contraire. Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, Martin Fayulu a une plus-value, un avantage comparatif défendable par rapport à ses pairs…
Cela pourrait durer encore un mois: le nouveau président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, s’installe au sommet de l’Etat avec un gouvernement sortant qui expédie les affaires courantes, faute d’avoir nommé un Premier ministre.
Trois semaines après la première transition pacifique dans l’histoire du pays, le nouveau chef de l’Etat issu du parti d’opposition UDPS gère le plus grand pays d’Afrique sub-saharienne avec l’équipe léguée par son prédécesseur, Joseph Kabila.
C’est avec le chef de la diplomatie pro-Kabila, Léonard She Okitundu, que M. Tshisekedi a rencontré ses homologues africains lors de ses deux premiers déplacements à l’étranger.
Sa participation au sommet de l’Union africaine (UA) lui a permis d’asseoir sa légitimité, contestée devant la même UA par l’autre candidat de l’opposition, Martin Fayulu, qui revendique la victoire avec 61% des voix.
De retour à Kinshasa, M. Tshisekedi doit commencer à former un gouvernement. « L’actuel gouvernement expédie les affaires courantes. C’est difficile de prendre des engagements avec les ministres actuels puisque ce sont des ministres sortants », indique le député Juvénal Munubo Mubi de l’UNC, parti allié de M. Tshisekedi au sein de la coalition Cach.
Moins de culte de la personnalité
Exemple parmi tant d’autres de dossiers en instance: la nouvelle équipe présidentielle souhaiterait réformer la Radio-télévision nationale du Congo (RTNC), avec moins de « culte de la personnalité » pour les dignitaires du régime et plus d’ouverture à l’opposition.
Mais rien ne peut se faire sans la nomination d’un nouveau ministre de la Communication, l’actuel Lambert Mende étant en campagne pour l’élection au poste de gouverneur de la province du Sankuru.
Un nouveau gouvernement donc. Aux termes de la Constitution, M. Tshisekedi a deux solutions: il nomme un Premier ministre « au sein de la majorité parlementaire » ou « si une telle majorité n’existe pas », il nomme un « informateur » « en vue d’identifier une coalition ».
C’est à ce stade que les choses se compliquent étant donné les rapports de force parlementaires issus des élections générales du 30 décembre.
Officiellement, la coalition Front commun pour le Congo (FCC) du président sortant Joseph Kabila a obtenu quelque 330 sièges sur 500 dans cette l’Assemblée. Cette majorité doit donc imposer son Premier ministre et son gouvernement au président de la République, dans une cohabitation politique.
« Aucun n’a la majorité »
Une autre lecture se dessine, peut-être au fil des négociations secrètes entre les amis de MM. Kabila et Tshisekedi pour un partage des postes au gouvernement. « Les coalitions n’ont pas d’assises juridiques. Seuls existent en droit les partis et regroupements politiques. Or aucun n’a la majorité », glisse un proche du nouveau président.
« Le président devrait en principe nommer un informateur pour identifier la coalition majoritaire au Parlement parce qu’aucun parti n’a la majorité au Parlement », veut croire le député pro-Tshisekedi Juvénal Munubo.
Cette version est contestée par les proches de Martin Fayulu, qui dénoncent un « putsch électoral » orchestré par l’ancien président Kabila.
« Le président actuel (Tshisekedi) n’a pas le pouvoir de nommer un Premier ministre. Tout ce qu’il peut faire c’est entériner » le choix d’un Premier ministre par les pro-Kabila, affirme le député Daniel Msafu, de la coalition Lamuka (pro-Fayulu).
L’actuelle situation risque de durer « jusqu’au début du mois d’avril », estime le quotidien Le Potentiel.
La formation d’un gouvernement dépend d’autres rendez-vous institutionnels: l’Assemblée doit constituer son bureau définitif pour valider le nouvel exécutif. La Cour constitutionnelle doit examiner tous les recours électoraux.
Des élections partielles sont prévues le 31 mars dans trois circonscriptions (Yumbi, Beni et Butembo) où les élections du 30 décembre avaient été reportées.
« Autant dire que la RDC tourne au ralenti », déplore Le Potentiel, résigné : « Les Congolais qui piaffent de changement doivent encore prendre leur mal en patience le temps nécessaire pour permettre aux institutions de se mettre en place conformément à la Constitution ».
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