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Est-ce la fin de l’idylle politique entre l’UDPS et le PPRD, deux partis de Gauche, opposés pendant 16 ans, aujourd’hui en coalition gouvernementale depuis l’alternance politique pacifique de janvier 2019 ?

Tout porte à le croire! Mais le mariage demeure malgré une scène de ménage violente!

En effet, candidat malheureux à la présidentielle de décembre 2018, le secrétaire permanent du PPRD, sans le citer, a décoché des pics contre le parti présidentiel (UDPS) et sa nouvelle gouvernance du pays.

Dans son discours de clôture de la matinée politique d’évaluation et de prospective du PPRD, prononcé jeudi à Lubumbashi, Emmanuel Ramazani Shadary a fustigé la ”corruption et l’impunité”. Critiques qui a fait sourire certains observateurs, qui se sont exclamés en disant que c’est l’hôpital qui se moquait de la charité.

Pour le secrétaire permanent du PPRD, ces deux fléaux sont un obstacle à l’émergence de la RDC. Alors que l’un se normalise (détournements des deniers publics), l’autre a été officialisé (l’impunité) ; fustige-t-il.

”j’invite tous nos mandataires PPRD : ministres, chefs d’entreprises, gouverneurs, directeurs des cabinets, conseillers de se départir des antivaleurs ; surtout le détournement des deniers publics qui commence à devenir en RDC comme des faits normaux.”… Nous n’allons pas construire un Congo émergent sous un régime décrété officiellement régime d’impunité”, a-t-il déclaré.

L’ex ministre de l’intérieur sous l’ancien président Joseph Kabila s’en est pris aussi au parti présidentiel, sans le nommer, en le qualifiant de ”Parti-milice qui agit par la violence”, le distinguant ainsi du PPRD, d’après lui un parti politique des personnes civilisées.

Et pour boucler la boucle, celui que l’on surnomme ”Coup sur coup”, annonce que son parti se donne pour objectif de gagner la présidentielle de 2023.

Question: qu’est-ce qui peut bien pousser l’ex parti présidentiel à s’attaquer, à mots couverts, à son partenaire de l’alternance?

D’après plusieurs observateurs, le président Félix Tshisekedi, malgré ses allures débonnaires, s’est montré plus coriace que prévu selon le scénario des stratèges de Joseph Kabila. Il s’est avéré moins manoeuvrable pour assouvir les ambitions de ses partenaires de conserver l’essentiel du pouvoir, qui voulaient le confiner à un rôle protocolaire.

Les stratèges de Kabila voulaient reproduire les stratagèmes dont ils ont usé sous les Premiers ministres Badibanga et Tshibala (débauchés à l’UDPS) et qui avaient fait leur preuve : leur donner des postes mais garder le pouvoir. Bruno Tshibala et Badibanga, éphémère Premier ministre, avaient l’illusion de détenir le pouvoir mais ni l’un ni l’autre ne l’avaient en réalité. Le vrai patron demeurait Joseph Kabila.

Or, il se fait que cette astuce n’a pas fonctionné avec Félix Tshisekedi. Les bonzes de l’ex majorité présidentielle s’en sont vite rendus compte.

Félix Tshisekedi s’est vite affranchi de la tutelle que l’on voulait lui imposer en démontrant qu’il était pleinement président de la République. En posant des actes forts, notamment :

  1. Il a démis le tout puissant patron de la redoutable agence nationale des renseignements (Kalev Mutond) ;
  2. Il s’est opposé farouchement à la nomination d’Albert Yuma comme Premier ministre, choix par excellence de Joseph Kabila,
  3. Il a mis fin à l’exil de plus de 3 ans de Moïse Katumbi, bête noire de la Kabilie.
  4. Il a normalisé les relations diplomatiques avec les occidentaux alors que le régime Kabila prône une politique isolationniste,
  5. En multipliant des exigences, il a retardé de 7 mois la sortie du gouvernement et de facto la RDC s’était retrouvée dans un régime présidentiel. Et lors des négociations sur la formation du gouvernement, Néhémie Mwilanya, Aubin Minaku, Adolphe Lumanu et Emmanuel Ramazani Shadary, passaient parfois des heures à attendre avant d’être reçus en audience par le président de la République.

Tout ça a le don d’agacer les caciques de la Kabilie qui ne conçoivent pas qu’un président ”mal élu” et sans majoritaire parlementaire leur tiennent la dragée haute.

Sevré du pouvoir absolu, tel un addict à la drogue, le PPRD trépigne d’impatience et veut reconquérir le fauteuil présidentiel. Il ne peut pas sans passer. C’est plus fort que lui.

Cette reconquête annoncée est cependant un couteau à double tranchant. Malgré les balbutiements, les tâtonnements, les erreurs et même les fautes inévitables de la gouvernance UDPS/CACH, le bilan mitigé de près de 20 ans au pouvoir du PPRD est encore frais dans la mémoire collective. Le PPRD ne s’est pas encore refait une virginité politique pour s’ériger en donneur des leçons.

En voulant reconquérir dès 2023 le fauteuil présidentiel, le PPRD s’expose car il ouvre la possibilité à l’UDPS de se tourner vers Lamuka. Cette perspective n’augure rien de bon pour le PPRD car la frange de l’opposition restée dans LAMUKA est la plus vindicative.

L’autre question : Emmanuel Ramazani Shadary l’a-t-il fait avec la bénédiction de Joseph Kabila ? Si oui quel message veut-il envoyer à l’UDPS ?
À peine sortie d’une zone de fortes turbulences politiques, la RDC s’apprête-t-elle à entrer dans une nouvelle période d’instabilité politique ?

En effet, l’arrogance du PPRD tient au fait qu’il peut faire tomber le gouvernement s’il le souhaite. À Joseph Kabila et à Félix Tshisekedi de faire preuve de retenue, de sagesse, d’humilité et de discernement pour le salut du peuple.

CP

DiaspoRDC TV

1 COMMENTAIRE

  1. Ramazani Shadary “se plaint” de la corruption et de l’impunité en RDC, qui ont pourtant été le mode de gestion du PPRD son parti pendant près de deux décennies ; cela ayant même entraîné la sanction populaire à l’élection présidentielle de décembre 2018 à laquelle, dauphin de Kabila, il n’est arrivé qu’en troisième position. Luzolo Bambi, alors conseiller spécial de l’ex Président Kabila en matière de lutte contre la corruption, avait déclaré le 20 juin 2018 que la RDC perdait chaque année (pendant le règne absolu du PPRD) 15 milliards de dollars du fait de la corruption et du détournement des fonds publics, et qu’en matière de corruption il y avait en RDC une quasi-inexistence de sanction. Ce constat du règne de la corruption et de l’impunité à cet égard sous l’ère Joseph Kabila, a été fait par son propre proche collaborateur attitré.

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