Entrepreneurs, artistes, religieux, touristes: voilà plus d’un an que les Congolais sont privés de visas pour l’Union européenne (UE) depuis la fermeture de la « Maison Schengen », en attendant sa réouverture promise par le nouveau président Félix Tshisekedi. En janvier 2018, l’infime minorité de Congolais qui voyage en Europe (25.000 visas par an pour quelque 80 millions d’habitants) a fait les frais d’une crise diplomatique entre la République démocratique du Congo (RDC) et la Belgique, sur fond de tensions pré-électorales.

Les autorités congolaises ont fermé fin janvier 2018 la Maison Schengen de Kinshasa, sorte de consulat de l’UE géré par la Belgique pour traiter les demandes de visas au nom de 17 pays du Vieux-Continent.

Kinshasa réagissait à la suspension de l’aide publique bilatérale tout juste annoncée par Bruxelles. Par cette décision, la Belgique elle-même voulait protester contre la répression de marches demandant le départ de l’ex-président Joseph Kabila, qui ont fait une quinzaine de morts et la désignation d’un Premier ministre, Bruno Tshibala, en contradiction avec un accord politique entre le camp du président Joseph Kabila et une partie de l’opposition.

Depuis plus d’un an, la réception et le traitement des demandes ont été repris par les ambassades à Kinshasa, principalement la France et la Belgique, les deux principales destinations des Congolais en Europe (quelque 10.000 visas Schengen pour chaque pays en temps normal).

Invoquant comme la France un manque de moyens, leur service consulaire ne délivre plus qu’au compte-gouttes des visas humanitaires ou médicaux.

Et encore ces visas sont-ils « territorialement limités » au pays qui les délivre et ne permettent plus de voyager dans l’espace de libre-circulation de Schengen totalisant 26 pays.

Parmi les Congolais privés d’Europe, il y a par exemple cette troupe de théâtre.

« La chancellerie belge à Kinshasa a refusé de réceptionner les dossiers de six comédiennes congolaises qui devaient se rendre en Belgique pour le projet +Datcha Congo+ », a déploré la metteure en scène, Bwanga Pilipili, jointe par l’AFP.

« Il est inacceptable que des citoyens et des artistes soient victimes des humeurs des politiciens belges et congolais », s’énerve Mme Pilipili.

Les exemples sont légion. Invitée par le Vatican à la conférence mondiale sur la xénophobie et le nationalisme populiste dans le contexte de la migration globale, une journaliste, avec un contrat de travail en RDC, a été contrainte de renoncer à son voyage. L’ambassade d’Italie à Kinshasa a refusé de lui délivrer le précieux sésame pour Rome.

Un journaliste congolais de l’AFP n’a pas pu suivre une formation en sécurité organisée par l’armée française en France. Pas de visa. Sa direction avait bien pris l’engagement d’usage de couvrir tous ses frais en France.

L’affaire a pris un tour plus douloureux pour Corinne (prénom changé), cadre commerciale qui attendait son premier enfant à près de 40 ans.

« Je voulais faire une demande pour aller accoucher en Europe. J’avais déjà payé l’hôpital en France. J’ai demandé à l’ambassade de France un visa médical territorialement limité. Ils m’ont dit que ce n’était pas possible », raconte-t-elle.

« J’ai accouché à Kinshasa. Ils ont détecté une infection qu’ils ne savaient pas traiter ici. Ils ont tâtonné pendant dix jours et l’enfant est décédé », poursuit-elle.

« Je pense que l’enfant aurait survécu en Europe », glisse-t-elle pudiquement, sans ressentiment. « Avec la Maison Schengen je n’avais aucun problème. J’avais toujours un visa de six mois ».

Thembo Kash est un célèbre caricaturiste qui croque chaque jour l’actualité politique et ses acteurs dans la presse congolaise.

« Curieusement, les avions pour l’Europe ne désemplissent pas pour amener ministres, généraux et responsables politiques », ironise le caricaturiste, qui dénonce « l’hypocrisie » des autorités congolaises et européennes.

La ré-ouverture de la Maison Schengen est une promesse de campagne du nouveau président Tshisekedi, avec le retour de l’ambassadeur de l’UE à Kinshasa invité à quitter la RDC par l’ancienne équipe au pouvoir.

Tshisekedi en a sans doute parlé lors de sa rencontre avec la haute représentante de l’UE pour la politique étrangère, Federica Mogherini, dimanche à Addis Abeba en marge du sommet de l’Union africaine (UA).

S’adressant au nouveau président congolais – qui a passé une partie de sa vie en Belgique -, le président français Emmanuel Macron a aussi plaidé en faveur de la réouverture de la Maison Schengen.

Les plaidoyers les plus vibrants viennent encore des Congolais. « Nous demandons aux nouvelles autorités de s’inscrire dans la logique de la détente et de faire de la réouverture de la Maison Schengen l’une de leurs priorités », plaide la comédienne Maguy Kalomba.

La libre Afrique

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