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A quelques heures de la plénière devant traiter la motion de censure contre le premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba, ce dernier poursuit son séjour à Lubumbashi la deuxième ville du pays, au sud-est. A Kinshasa la capitale, les états-majors se bousculent, les questions se poursuivent dont celle la plus effroyable, qu’est-ce qui arrivera si le chef du gouvernement ne se présente pas à la plénière de mardi ?

Les proches du PM ne veulent aucune ambiguïté et gardent assurément la position prônée dans les différents médias : le Bureau d’âge – Bureau provisoire de l’Assemblée nationale – n’a aucune compétence pour convoquer le chef du gouvernement qui doit attendre le Bureau définitif.

Contacté par la rédaction sur la question dans la deuxième moitié de la journée du lundi 25 janvier, son conseiller juridique Patrick Nkanga Bekonda refuse d’interpréter le déplacement vers Lubumbashi de son chef, « pas maintenant, plus tard. Quand on dit plus tard, ce n’est pas aujourd’hui. Je vous réponds plus tard. »

Pour les partisans du président Tshisekedi, qui s’est lancé depuis un temps à une offensive effrénée vers la conquête totale du pouvoir, la démission ou la déchéance du premier ministre par la chambre basse du Parlement est le dernier virage vers « le Graal ». Or, les derniers soubresauts sur le partage des portefeuilles ont mis à nu les faiblesses de la nouvelle dynamique Union sacrée en construction, orchestrée par Félix Tshisekedi : qui prend quel poste ? Le Graal, ce gouvernement 100% Tshisekedi rêvé par ses ouailles n’arrivera assurément pas après le prochain gouvernement, l’actuel mis au banc.

Et la décision du premier ministre est attendue. Certaines sources assez crédibles rapportent que ce dernier ne sera pas à Kinshasa avant le soir de mardi, étant en mission officielle dans le Haut-Katanga, alors qu’il est attendu dans la matinée à l’Assemblée nationale. Qu’est-ce qui arrivera s’il ne se présente pas à la plénière de mardi ? Les juristes pro-Union sacrée, parce qu’en RD Congo les experts en droit ne parlent jamais le même langage – coloration politique oblige, répondent qu’il sera frappé d’outrage au Parlement, « une faute politique grave » pouvant le conduire devant la Cour constitutionnelle – son juge – et se faire déchoir.

Dans ses bras de fer purement politique, les services de communication de l’ancien président Joseph Kabila ont activé un mécanisme de communication « soft ». En avant-garde, Barbara Nzimbi sa conseillère en communication qui tweete, plaçant le curseur vers « un tableau comparatif » sur l’avant et l’après alternance pacifique au sommet de l’État début 2019.

D’abord, la politique. « Avant : arrivé au pouvoir, Joseph Kabila a formé pour la première fois de l’histoire un gouvernement des technocrates de 2001 à 2003, il a gagné le pari de cogestion du pays avec 4 vice-présidents, il a réussi à mettre sur pied une nouvelle constitution pour une finalité de consolidation de la démocratie et a enfin emmené le pays à une alternance pacifique.

Après : crise institutionnelle, violation régulière des lois du pays, arrestation arbitraire des citoyens, non-respect des accords politiques, violations des procédures judiciaires. »

Puis, économique. « Avant : de 2001 à 2018, la RDC a connu plusieurs exploits économiques avec effacement de la dette extérieure, la stabilisation du cadre macroéconomique ayant pour conséquence la maîtrise de l’inflation, la révision du code minier aux intérêts de la RDC, la croissance économique, l’accroissement du budget national, la maîtrise de la masse salariale des fonctionnaires de l’État avec la bancarisation, Joseph Kabila a laissé 1.8 milliards de dollars américains de réserve.

Après : toutes les réserves vidées, exagération du dépassement budgétaire à la présidence de la République, corruption, surfacturation de coûts de travaux publics, instabilité monétaire, inflation, famine, négligence de l’éducation des enfants avec une gratuité de nom mais inexistante en réalité. »

Ce tableau comparatif de la gestion du pays sous Kabila et Tshisekedi, présenté à un analyste proche de l’opposant extrémiste Martin Fayulu, observe quant à lui certaines contre-vérités « bien que plusieurs points sont exacts. »

Dans ce battle des ex-partenaires de la coalition au pouvoir FCC-CACH, l’opposition est devenue aphone. Les congolais, eux, ne se contentent que des jolis verbes du premier d’entre eux, assis auprès de son verre de miel souriant et assurant un avenir radieux.

Tony-Antoine Dibendila
4pouvoir

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