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Faut-il organiser les élections en 2023 avec l’actuel fichier électoral pour se conformer à la Constitution ou faire le recensement de la population afin d’avoir un fichier fiable et tenir les élections « crédibles » plus tard ? La question fait l’objet d’un débat houleux à l’Assemblée nationale, à l’issue de l’avis éclairé émis par le président de la CENI. Pour Corneille Nangaa, le recensement ne peut pas être un préalable à la tenue des élections en 2023. « Lier les élections au recensement général de la population est dangereux ». Il a placé les élus du peuple devant leur responsabilité, en leur montrant les conséquences de chaque choix. Quoiqu’il en soit, Nangaa a précisé que « l’organisation des élections relève de la volonté politique ».

« Lier les élections au recensement général de la population est dangereux dans la mesure où les deux activités ne dépendent pas des mêmes institutions et n’obéissent nullement aux mêmes contraintes calendaires ». C’est la mise en garde du président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) à propos de l’épineuse question du recensement avant la tenue des élections en 2023. Corneille Nangaa répondait ainsi, mardi 13 avril, aux questions des députés nationaux, après la présentation la semaine dernière du rapport général sur le processus électoral.

Dans sa réplique mardi, le président de la CENI est revenu également sur les principales réformes ainsi que les préalables pour la tenue des élections de 2023. Pour M. Nangaaa, le processus a pris du retard. On ne doit pas se voiler la face. Il faudra mettre les bouchées doubles et faire diligence pour se rattraper si l’on tient à respecter le délai constitutionnel et préserver la paix sociale. À cet effet, il a noté qu’il est évident que certaines de ces activités auraient dû commencer dès 2019. C’est le cas notamment des réformes et le changement des animateurs de la CENI. Il a aussi ajouté que ces retards sont rattrapables avec la volonté, les moyens et la planification judicieuse.

Le président de la CENI a également insisté sur les prochaines échéances. « Dans les jours qui viennent, le débat sur la qualité du fichier électoral va s’inviter. C’est bien ça la preuve d’une bonne respiration de la démocratie dans notre pays, chacun ayant son point de vue. Quoiqu’il en soit, il y a lieu de noter que l’organisation des élections relève de la volonté politique », a-t-il déclaré.

IT/Dépolitiser la CENI

Dans sa présentation à l’Assemblée nationale du rapport général de la CENI sur le processus électoral 2012-2019, Corneille Nangaa a formulé des propositions pertinentes qui mettent les acteurs politiques devant leurs responsabilités. « Il faudrait la dépolitisation de la Commission électorale nationale indépendante pour sa crédibilité ; se battre pour l’organisation des élections dans le délai ; ne pas conditionner l’organisation des élections au recensement de la population, faire le choix des acteurs indépendants à la tête de la CENI, mais également prendre en compte la proposition de loi du député Christophe Lutundula », a suggéré le président de la CENI.

Par ailleurs, Corneille Nangaa a souligné que la CENI est le premier conseiller du gouvernement en matière électorale. Avant d’ajouter que la République démocratique du Congo a des experts en cette matière. Les politiques peuvent s’en servir pour faire avancer la démocratie.

Pendant que l’organisation des élections en 2023 divise la classe politique, la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), elle, fait pression pour la tenue de ces scrutins dans le délai constitutionnel. L’Église catholique a accentué, récemment, la pression sur le pouvoir en place par la publication d’une « feuille de route » devant conduire aux élections prévues en 2023 alors que des voix s’élèvent au sein même du parti du président Félix Tshisekedi, l’UDPS, pour conditionner la tenue de prochains scrutins par le recensement général de la population, ce qui devrait retarder l’échéancier.

La feuille de route dévoilée en présence des diplomates et autres acteurs de la Société civile congolaise inclut une série d’activités en périodes préélectorale, électorale et post-électorale, a déclaré l’abbé Donatien N’shole, secrétaire général de l’influente Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), actrice clé dans la résolution des crises au Congo depuis des décennies.

« En ce qui concerne les évêques, fidèles à leur mission solidaire des aspirations du peuple, ils réaffirment avec force, leur engagement à préparer le peuple congolais et d’accompagner ses dirigeants pendant cette période qui précède la tenue des élections de 2023. Voilà pourquoi nous lançons ce jour la feuille de route électorale de la CENCO intitulée Agenda 2023 », avait déclaré l’abbé Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO lors de la cérémonie de lancement de la feuille de route électorale, le 18 mars 2021, au siège de l’épiscopat à Kinshasa.

« Nous espérons bien que les députés ainsi que les sénateurs auront hâte d’en finir le plus tôt que possible pour que l’équipe de la CENI qui sera mise en place ait suffisamment de temps pour la planification des opérations », a martelé le secrétaire général de la CENCO.

Bien avant les évêques catholiques, le président de l’Assemblée nationale a rassuré, à l’occasion de la rentrée parlementaire, le 15 mars, que les questions électorales seront priorisées au cours de la session en cours. Pendant ce temps, des organisations de la Société civile ont alerté ces dernières semaines sur « le retard » déjà enregistré dans les préparatifs de prochaines élections.

L’exposé du président de la CENI sonne donc comme une alerte à l’Assemblée nationale qui entend formaliser une série de réformes, notamment la loi électorale et la composition et le fonctionnement de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Dans ce dilemme de calendrier, le temps presse et chaque jour qui passe, compte pour prendre une option salutaire en vue de sauver la jeune démocratie congolaise.

Le Potentiel

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