Arrivé à Kinshasa mercredi 1er août après 11 années passées en dehors du pays pour des raisons connues, Jean-Pierre Bemba s’est empressé le jour suivant, soit jeudi 3 août, de se rendre au siège de la CENI pour se faire enrôler et ainsi pouvoir déposer sa candidature à la magistrature suprême.

Premier candidat sérieux à faire cet exercice, le sénateur Bemba a devancé tout le monde ou presque. Quand on connaît les tractations qui se font au sein des états-majors des partis et regroupements politiques, avec d’ailleurs des candidats pourtant installés dans le pays, le sénateur a pris tout le monde de court.

Eh oui ! Jean-Pierre Bemba a pris le temps de la préparation. Ce que sûrement n’ont pas fait beaucoup. Ce qui va sûrement s’avérer décisif dans les jours à venir. Encore faut-il que la CENI valide cette candidature au regard du débat installé au sein de l’opinion quant à la question de l’éligibilité de certains candidats déclarés dont lui.

Préparé, Bemba l’a été aussi par rapport aux différents aspects du processus électoral. Face au président de la CENI, Corneille Nangaa, le “Chairman” a fait l’élève dans un premier temps et le professeur ensuite. 3 heures de discussion et 2 conclusions : Nangaa va devoir faire une démarche de plus auprès des acteurs politiques et les opérations de vote pourraient s’étaler sur plusieurs jours.

L’élève curieux et méthodique

“Le président de la CENI m’a fait une démonstration qui a pris 25 secondes. Sur ce point, j’ai fait une autre démonstration comme si j’étais un électeur lambda et que j’apprenais pour la première fois à utiliser cette machine. On s’est mis d’accord pour que ça soit chronométré et ça m’a pris 6 minutes, le temps de passer en revue les pages de chaque candidat”.

Pour Jean-Pierre, il n’était pas question de jouer à l’érudit. Il était important de se mettre dans la peau du citoyen congolais ordinaire qui rencontre une machine nouvelle et donc la technologie reste à découvrir.

Les électeurs découvriront pour la plupart cet outil le jour même du vote. Le temps, il est clair, ne permettra pas de mener un processus de vulgarisation qui, même voulue, pourra atteindre toutes les couches de la population. Ça, Bemba l’a compris. A la place d’une contestation en bloc, l’ancien vice-président de la République a choisi la méthode. Une critique efficace mais constructive qui consiste à écouter et apprendre avant de porter le coup du maître.

Démontrer par les chiffres : la mathématique de Bemba

Schématiser les doutes sur la faisabilité du vote par la machine, c’est ce qu’a choisi le président du MLC qui a, chrono à l’appui, démontré à Corneille Nangaa que la difficulté de l’usage de cet outil, sur base du nombre d’électeurs inscrits et du timing moyen de chacun, est des plus réelles.

Partant du timing moyen pris pour prendre connaissance avec la machine et procéder au vote, le Chairman schématise :

  • Une seule machine par bureau de vote
  • 3 minutes en moyenne par électeur => 20 électeurs par heure
  • 11 heures de vote (soit de 7 à 18 heures) => 220 électeurs par bureau
  • Nombre d’inscrits par bureau : 600 électeurs => 380 électeurs ne pourront pas voter, faute de temps

Une méthode déductive qui tranche. Il est mathématiquement impossible de faire voter tous les électeurs avec la machine de la CENI. Sur ce point, Nangaa n’a pas douté un seul instant, à en croire le président du MLC.

Dans sa démarche mathématique, Bemba s’est montré plus que convainquant. Ce qui a poussé le président de la CENI a évoqué la possibilité d’un allongement de quelques heures sur le temps de vote, mais également le recours au législateur pour demander l’étalement de la procédure de vote sur plusieurs jours.

“Il n’a pas refusé l’idée de demander au législateur de pouvoir lui permettre de faire voter les électeurs sur 2 ou 3 jours. Je lui ai dit que si ce vote se déroule dans la journée, tant mieux, vous aurez gagné votre pari. Je lui ai parlé aussi de la fiabilité de cet appareil. Je lui ai dit également qu’il était temps de pouvoir revenir à une solution de vote par papier (…) Il a promis de continuer les contacts avec l’ensemble des partis politiques. Je lui ai dit qu’il est de l’intérêt de la CENI, du pays et de l’ensemble des acteurs politiques que l’on puisse avoir des élections acceptables pour tout le monde dans un processus crédible”

Si Nangaa s’est montré jusque là inflexible, quant à l’usage de la machine à voter pour le scrutin de décembre, la mathématique de Bemba a, semble-t-il, réussi à briser la glace. Une méthode implacable qui aura le mérite d’avoir tiré de la part de la CENI un discours plus conciliant et une volonté de remettre le débat sur la table.

Jacques Kini

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