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Amélioration de l’accès à l’eau potable, construction d’infrastructures économiques rurales, restauration de l’autorité de l’Etat pour l’un, financement des élections 2023 pour l’autre.

Dans son message sur l’état de la Nation, devant les deux chambres du parlement réunies en congrès en décembre dernier, le président congolais Félix Tshisekedi avait annoncé plusieurs priorités pour l’année 2022. Notamment, l’amélioration de l’accès à l’eau potable, la construction des infrastructures économiques rurales et la restauration de l’autorité de l’Etat.

Un mois plus tôt, soit en novembre 2021, le Premier ministre Jean-Michel Sama Lukonde, s’exprimant devant les députés nationaux, lors de la présentation du projet de loi de Finances 2022 ; avait également listé quelques priorités de son Gouvernement pour la nouvelle année 2022. Selon lui, le financement des élections 2023 constitue la priorité des priorités de l’Exécutif national. S’ajoutait à cela, le recensement de la population congolaise à des fins électorales.

A la lumière de la lecture croisée de leurs discours, il apparait dès lors, que le Chef de l’Etat et son Premier ministre ont chacun, leurs priorités pour la nouvelle année 2022, entamée depuis quelque onze jours. Une année préélectorale certes, mais qui devrait aussi relever plusieurs défis sur les plans politique, sécuritaire et socio-économique.

Sur le plan purement économique, la principale hypothèque à lever est la recherche du consensus sur des réformes des matières électorales. Il s’agit, entre autres, du consentement de tous les acteurs politiques sur le système électoral. Devrait-on maintenir l’élection du Président de la république à la majorité simple des suffrages exprimés, tel que le prévoit l’article 71 de la Constitution, modifié par l’article 1er de la Loi n° 11/002 du 20 janvier 2011 portant révision de certains articles de la Constitution de la République Démocratique du Congo) ?

Faudrait-il que l’on revienne à l’ancien système qui prévoit l’élection du président de la république au suffrage universel direct et à deux tours. On rappelle que l’ancienne version de ce même article71 de la Constitution du 18 février 2006, prévoyait l’élection du Président de la république à la majorité absolue des suffrages exprimés. Si celle-ci n’est pas obtenue au premier tour du scrutin, il est procédé, dans un délai de quinze jours, à un second tour.

A priori, le retour au second tour de l’élection présidentielle induit irréversiblement une nouvelle révision constitutionnelle par le Parlement, après celle de janvier 2011. Sinon on ne verrait pas, par quel autre schéma passerait la classe politique pour instaurer un second tour de l’élection du Chef de l’Etat. Tout l’enjeu de 2023 semble donc être là.

Cependant, un débat lancé dans ce sens comme un ballon d’essai, montre que l’opposition et la majorité au niveau du parlement n’ont pas la même perception des choses. Pour nombre d’acteurs de l’anti-pouvoir, l’élection du chef de l’Etat à la majorité absolue des suffrages exprimés et le retour au second tour de la présidentielle, a le mérite de résoudre le problème de légitimité postélectorale. Car, on ne peut pas comprendre que dans un pays de plus de 80 millions d’habitants comme la RD Congo, qu’un Chef de l’Etat soit élu avec, par exemple, moins de 10 millions de voix, comme en 2018.

Au demeurant, si in fine, la classe politique venait à se mettre d’accord sur d’éventuelles réformes électorales, d’aucuns estiment que le processus devrait alors être amorcé au cours de la prochaine session ordinaire du parlement, prévue au mois de mars. Toutefois, dans une classe politique au consensus difficile, des observateurs instruits par l’expérience, restent encore très sceptiques quant au retour au deuxième de l’élection présidentielle. Pessimisme obsessionnel ? Peut-être pas.

LES INFRASTRUCTURES : UN FACTEUR MOTIVATEUR

Les élections, certes, il faille les organiser pour la nécessaire alternance avec alternative de gestion au sommet de l’Etat. Mais au-delà de ce rituel constitutionnel, on devrait en amont réussir le pari de la sensibilisation des masses. Question fondamentale : Que faudra-t-il faire pour encourager cette même population à aller aux urnes, dès lors qu’elle continue à attendre désespérément le changement tant promis en 2018, dans sa vie de tous les jours ?

Pour des observateurs avertis, lors que Félix Tshisekedi place l’année 2022 sous le signe de la reconstruction, c’est justement pour baisser la tension sociale implose dans plusieurs coins du pays, que le successeur de Joseph Kabila n’ignore pas. Ce sont donc, ces millions de Congolais n’ayant accès ni aux infrastructures économiques de base ni à l’eau potable et à l’électricité…qui attendent le début d’un léger mieux de leur vécu quotidien.

Aussi, des observateurs pensent-ils qu’en promettant de mettre le cap sur la construction des infrastructures socio-économiques rurales, le Chef de l’Etat qui, pendant neuf jours (25 décembre 2021-2janvier 2022), a affronté personnellement les conditions inacceptables de vie dans l’espace Grand Kasaï, voudrait bien se ressaisir au cours de cette année 2022 (la dernière de son quinquennat ?), bien que réputée préélectorale. Une fois concrétisés, les différents projets pourraient ainsi motiver les populations à aller aux urnes. Sinon, on craint des centaines de milliers de Congolais ne répondent pas à l’appel le jour du vote.

Du point de vue sécuritaire, le défi majeur est le retour de la paix dans les régions de l’Est et du Nord-est du pays, considérés comme le ventre mou de la RD Congo, à cause de l’activisme des groupes armés. La restauration effective de l’Autorité de l’Etat et la réussite des opérations électorales dans cette partie du territoire sont donc tributaires du retour de la paix.

DIFFICULTES DANS L’AFFECTATION DES RESSOURCES?

Que ce soit la construction des infrastructures, comme l’organisation des élections, les moyens devront sortir de la caisse du Trésor. Sans compter sur d’éventuels appuis de ses partenaires extérieurs, la RD Congo devra donc mobiliser plusieurs centaines de millions de dollars pour les élections en 2023. En même temps, les finances publiques devront prendre en charge la construction des infrastructures au cours de la même année 2022. Alors, entre les deux enjeux, lequel constitue réellement une priorité ? Est-ce les deux ?

Toutefois, compte tenu des réalités locales, d’aucuns craignent que l’une des priorités l’emporte sur l’autre. Ici, les érudits en Economie politique sont formels que lorsque les moyens sont limités et qu’il y a plusieurs besoins, il est toujours conseillé d’établir une échelle de priorités. Auquel cas, il se poserait une sérieuse difficulté en termes d’affectation des ressources.

Grevisse KABREL
Forum des as

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