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Dans la nuit du 30 au 31 mars dernier, Félix Tshisekedi a été élu président de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le principal parti d’opposition en République démocratique du Congo (RDC). Plus qu’une élection, on peut parler d’un plébiscite, puisqu’il a raflé la mise avec un peu plus de 98% des voix. Ainsi, il succède à son père, feu Etienne Tshisekedi, l’un de ceux qui ont porté le premier parti d’opposition en RDC sur les fonts baptismaux.

Ce rappel vaut son pesant d’or. Car, c’était à l’époque du tyran et mégalomane Mobutu Sésé Séko, où le simple fait de se déclarer opposant était assimilé à un crime de lèse-majesté et puni comme tel. Que le fils d’une telle icone décédée il y a un peu plus d’un an à Bruxelles, succède à son père, a une charge à la fois affective et symbolique. C’est quelque part, une sorte de reconnaissance posthume à l’immense et formidable travail abattu par le père dont la dépouille attend encore d’être rapatriée sur le sol qui l’a vu naître et auquel il a dédié toute sa vie. Mais l’on peut avoir tort de réduire la promotion de Félix Tshisekedi au sein de l’UDPS, à sa filiation.

Car, ce dernier n’a jamais tergiversé sur sa fidélité aux valeurs défendues par le parti créé par son père. Mieux, il a occupé, par le passé, d’importantes fonctions au sein de l’UDPS. Il n’est donc pas un ouvrier de la 25e heure, qui, en bon opportuniste, a profité de sa filiation pour se faire une place au soleil, comme l’ont déjà fait, sous nos tropiques, bien des fils de… L’on peut donc affirmer que, subjectivement et objectivement, il a le profil de l’emploi, n’en déplaisent à tous ceux qui perçoivent son élection à la tête de l’UDPS comme une passation de relais de type monarchique.

Le grand défi que doit relever Félix Tshisekedi, est de créer un large rassemblement

Maintenant que son parti l’a jugé apte à conduire la troupe, la grande question est de savoir s’il aura la carrure nécessaire pour chausser les bottes du père. Cette question est d’autant plus pertinente que Félix Tshisekedi n’a ni le charisme, ni le sens de la tirade politique de son défunt père. Cette réalité, loin de le décourager, devrait au contraire être une source de motivation pour gérer au mieux l’héritage de l’illustre disparu. Il a même l’obligation morale et politique de faire mieux que lui. C’est la seule façon pour lui d’empêcher que son géniteur ne meure une seconde fois et de démontrer à la face des Congolais et du monde entier qu’il est digne de la confiance lui portée par ses camarades de parti. En tout cas, pour lui, le plus dur reste à venir.

Le moins que l’on puisse dire est que son mandat, à la tête du parti, ne sera pas un long fleuve tranquille. Car, des écueils et non des moindres, se dresseront sur son chemin. Déjà, dans la grande famille UDPS, il fait l’objet de tirs groupés émanant principalement de l’aile dirigée par le Premier ministre Bruno Tshibala. Cette tendance n’a d’ailleurs pas dit son dernier mot, puisqu’elle avait attaqué en faux la décision signée par le Secrétaire général de l’UDPS tendance Tshisekedi, convoquant le congrès de ce parti. Sans être concerné par les affaires intérieures de ce grand parti, l’on peut se permettre de saluer la position du Conseil national de suivi de l’accord de la Saint-Sylvestre. Cette structure a, en effet, estimé, au moment même où le nom du parti est au centre d’une controverse, que c’était bien l’aile Tshisékédi qui était le véritable dépositaire du nom du parti.

Cette structure, à la fois morale et politique, a eu le nez creux. Car, le scénario-catastrophe pour la démocratie au Congo, aurait été qu’elle se planchât du côté de Bruno Tshibala. Ce point de vue s’appuie sur le fait que ce dernier a tous les attributs d’un imposteur et d’un félon achevé. Car, si l’honneur lui revenait de prendre la tête de l’UDPS au détriment de Félix Tshisékédi, il n’aurait aucun scrupule à le prostituer sur l’autel de ses propres intérêts. Cet homme est d’autant plus dangereux pour l’UDPS et pour la démocratie, que tout le monde sait aujourd’hui qu’il est prêt à vendre l’âme du parti au diable Kabila. Le deuxième écueil auquel Félix Tshisekedi doit s’attendre, pourrait émaner du pouvoir. Car, celui-ci ne lui fera pas de quartier. Tous les moyens seront mis en branle par l’homme fort de Kinshasa pour lui chercher des noises.

Il faut donc, dès à présent, qu’il se prépare psychologiquement, moralement et politiquement à faire face à cette adversité. Mais le plus grand défi que doit relever Félix Tshisekedi, est de créer un large rassemblement, au-delà de l’UDPS, autour de sa candidature. C’est à ce prix et seulement à ce prix qu’il pourrait se donner toutes les chances d’être le premier Congolais à réaliser la première alternance démocratique en RDC. La balle est désormais dans son camp. C’est à lui de la jouer maintenant, de sorte à éviter de marquer contre son camp, contre la mémoire de son illustre père et contre l’alternance démocratique dont son pays a été sevré depuis l’indépendance.

Le Pays / MCN

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