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Eteni Longondo, Willy Bakonga et Vital Kamerhe, voici trois prisonniers vedettes dont la mise en liberté conditionnelle, fait grand bruit dans l’opinion en RD Congo. Dans les différentes plateformes sur les réseaux sociaux, les internautes congolais d’ici et d’ailleurs, y vont de leurs commentaires. Mais dans l’ensemble, le ton utilisé ne cache plus la déception. Mais malgré tout ce qui se dit autour de cette affaire, il reste à l’évidence que trois détenus considérés comme des cas emblématiques, ont quitté leurs cellules de l’ex-Prison centrale de Makala.

Dans l’ordre chronologique de ces libérations provisoires, l’ancien ministre de la Santé Eteni Longondo, en est le premier bénéficiaire. Placé sous mandat d’arrêt provisoire depuis le 28 août dernier pour détournement présumé d’importants fonds alloués à la lutte contre la pandémie de Coronavirus, ce cadre du parti présidentiel hume l’air frais depuis le 14 septembre. Le moins que l’on puisse rappeler à son propos, est qu’en août 2020, l’Inspection générale des finances (IGF), avait soupçonné Eteni Longondo d’avoir détourné une bagatelle somme de 7 millions de dollars américains, destinés à la lutte contre la pandémie de Covid-19.

Bien que niant les faits à sa charge, soutenant que les pièces justificatives exigées étaient en plein processus de vérification par ses services au moment du contrôle, Eteni Longondo a tout de même restitué au Trésor public, au mois de novembre dernier, la somme de 721.900 dollars représentant «la prime trop perçue» et «la différence sur la décontamination du Palais du peuple», ainsi qu’un «double paiement effectué par la Banque centrale du Congo (BCC)».

Après l’ancien ministre de la Santé, c’est un autre membre du Gouvernement qui a quitté la prison. Condamné à 3 ans de prison, le 30 avril dernier par la Cour de Cassation pour blanchiment d’argent et «transfert illicite de capitaux vers l’étranger», Willy Bakonga, ancien ministre de l’Enseignement primaire, secondaire et technique (EPST, est libre depuis la soirée du 25 novembre dernier.

Même si les circonstances de sa libération restent encore floues et même très controversées, en tout cas Willy Bakonga ne compte plus parmi les pensionnaires du CPRK, le plus grand centre pénitentiaire de Kinshasa. On rappelle que l’ex-patron de l’EPST avait quitté le pays quelques mois plus tôt, avant d’être interpellé à Brazzaville avec plus de 10.000 dollars américains dans sa mallette.

Et voici Kamerhe. Secret de polichinelle, l’ancien Directeur de cabinet et allié du Président Félix Tshisekedi, respire l’air conditionné depuis le lundi 6 décembre courant. A l’instar d’Eteni Longondo et de Willy Bakonga, Vital Kamerhe, arrêté le 8 avril 2020 pour détournement d’importantes sommes évaluées à des millions de dollars américains, a passé la nuit de lundi à mardi dans son lit, parce que bénéficiaire, lui aussi, d’une liberté provisoire, moyennant une caution de 500 mille dollars américains !

DE MAUVAIS SIGNAUX ?

Au-delà de toutes ces libérations en série, la question qui se pose au sein de l’opinion, sans déjuger le juge, est celle de savoir, quel est le message que la Justice congolaise envoie à la population. Sans remuer le couteau dans la plaie, l’opinion note que le point commun entre les trois détenus, désormais en liberté, est que tous ont été reconnus coupables de détournement des millions de dollars du trésor public.

A priori, la question posée ci-dessus vaut son pesant d’or, quand on considère le statut social des personnes concernées et aussi, toute l’hystérie qui a entouré leurs arrestations. Dans l’opinion, il n’était pas étonnant d’entendre des propos du genre : »C’est la première fois, dans l’histoire du pays, qu’un Directeur de cabinet du Président ou qu’un ministre, un mandataire public…soit arrêté».

Cependant, la suite du feuilleton laisse un arrière-goût d’une déception collective. Car, vu du Congolais lambda, ces arrestations avaient été perçues comme le début effectif d’un Etat véritablement de droit, dans son volet judiciaire. En d’autres termes, les arrestations de grandes personnalités du pays, suivies de leur emprisonnement, sonnaient ainsi le glas de l’ère des intouchables. Ou plutôt, la fin d’une justice pour ou contre les faibles.

VK, preuve par l’absurde d’un procès politique?

Sinon, comment comprendre que des prisonniers considérés comme des cas emblématiques puissent bénéficier de la liberté provisoire, pendant que croupissent encore en prison, des personnes arrêtées parfois pour de petites infractions de droit commun. En ce qui concerne Vital Kamerhe, par exemple, d’aucuns déduisent que son procès était plus politique que judiciaire. Car, à l’hypothèse que ce procès eut été judiciaire, on ne voit pas un prévenu condamné au premier et dernier degré, bénéficier de la liberté conditionnelle plusieurs fois sollicitée par sa défense mais refusée par les magistrats de la Cour de cassation.

Pourquoi avoir fait autant de bruits assorti d’un matraquage médiatique si l’issue du procès était une libération conditionnelle ? Tout ça pour ça ? Qu’un procès pour lequel on a beaucoup investi, se termine dans ces conditions, ça pose quand même un vrai problème de sa motivation profonde. Y compris au niveau des magistrats de la Cour de cassation qui, selon des analystes, ne se sentiraient pas du tout à l’aise.

Grevisse KABREL
Forum des as

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