Heureux comme Ulysse qui fait un bon voyage dit un maxime. Presque trois mois depuis son départ volontiers de sa ferme bunkerisée de Kingakati dans la grande banlieue de Kinshasa la bouillonnante capitale du pays vers Kolwezi dans la nouvelle province de Lualaba, l’ancien chef de l’Etat Joseph Kabila était depuis lors reclus dans le calme de sa ferme de Kashamata dans la banlieue de Lubumbashi en province du Haut-Katanga. Puis vint ce voyage de Dubaï qui fait jaser. Toutes ces péripéties font l’objet de ma mauvaise foi de ce jour dont personne n’est obligé de me croire…

Depuis Kashamata et malgré le renfort d’un comité dit « stratégique » mais en réalité des néo-courtisans qui voulaient évincer les anciens proches, Kabila a assisté au loin et tout aussi impuissant à l’effondrement, mieux au « déboulonnement » en douceur de son système de pouvoir de terreur instauré pendant 18 ans.

Ses « majorités fabriquées » dans toutes les assemblées et provinces du pays au nom du Front Commun pour le Congo (FCC) se sont effondrées comme un château de carte. De l’Assemblée nationale au Sénat en passant par le gouvernement à Kinshasa, la toute arrogance des courtisans a fondu comme du beurre sans que personne n’ait pu voir venir la chaleur.

C’est aussi au loin que son épouse à la ville, Olive Lembe di Sita semble beaucoup plus épanouie que durant les 18 ans de règne de son mari dont elle semblait en prison à ciel ouvert comme l’ensemble des congolais. Ses vidéos mangeant à même les mains dans un « Malewa », ce restaurant de fortune avec des femmes rurales ou conduisant sa jeep 4X4 fredonnant Michael Jackson avant de se trémousser dans un pas de danse en groupe font le buzz sur les réseaux sociaux

Puis vint ce voyage à Dubaï aux Emirats Arabes Unies via la Zambie qui fait couler beaucoup d’encre aux commentaires de toutes les imaginations aussi farfelues les unes que les autres : l’homme est malade et a besoin des soins, l’homme serait en fuite comme jadis Mobutu au Maroc via le Togo pour ses détracteurs alors que les farouches partisans eux parlent d’une invitation de longue date pour une grande conférence ; un exercice pourtant auquel Kabila n’est ni habitué et encore moins préparé.

Un voyage dont on dit autorisé par l’actuel Chef de l’Etat comme l’atteste le document de sa maison militaire pour les accompagnants de Kabila ; mais aussi par le Sénat dont il est membre à vie.

Que reste-t-il de l’homme ?

Du « mutisme légendaire » et « stratège militaire » dont on l’affuble à tort, l’homme est resté le même, silencieux et taiseux ; énigmatique pour les congolais qui n’arrivent toujours pas à le cerner. De « l’enfant-soldat » en botte de caoutchouc arrivé dans les rangs des rebelles de l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo (AFDL) de triste mémoire au richissime homme d’aujourd’hui, Kabila ne serait en réalité qu’un mythe qui a régné surtout par la terreur que par une quelconque stratégie politique mûrement pensée.

L’ombre de lui-même abandonné des courtisans menteurs et jouisseurs comme Mobutu autrefois, il est aujourd’hui face à la réalité de la solitude politique du pouvoir après avoir régné en monarque, écrasant tous ceux qui pouvaient le contester.

Son successeur, l’actuel Président de la République Félix Tshisekedi, le fils de son père Etienne Tshisekedi d’heureuse mémoire avait bien pris tout son temps pour l’observer avant de le surprendre. Deux ans d’une coalition qualifiée de « contre-nature » entre son FCC et le CACH de Tshisekedi ont permis à ce dernier de se défaire de l’emprise de son prédécesseur dont les courtisans qui s’imaginaient revenir au pouvoir en 2023, voient leurs calculs s’éloignaient de plus en plus.

Dans ses allocutions du 23 octobre 2020 annonçant des consultations nationales sur le devenir de la gouvernance du pays et celui mémorable du 6 décembre 2020 consacrant la fin de la coalition FCC-CACH, regrettant humiliations et blocages subis ; Tshisekedi concrétisait ainsi son idée d’une Union Sacrée de la Nation (USN) pour une nouvelle majorité avec une nouvelle gouvernance politique. Les adhésions des poids lourds de l’opposition comme Bemba et Katumbi révélait aussi sa stratégie longuement murie.

Gagner le pouvoir est une chose, le conserver en est une autre dit-on. Et Félix Tshisekedi l’a bien compris en se faisant ce naïf qui ne voyait et ne comprenait rien pour enfin surprendre ses adversaires au moment où ils ne s’attendaient le moins possible sans possibilités de se relever.

Si Joseph Kabila était arrivé au pouvoir par le sang du prédisent Laurent-Désiré Kabila assassiné 4 ans après avoir chassé Mobutu avec l’aide des ougandais et rwandais, Tshisekedi a consolidé sa stratégie par paliers en démantelant un système enraciné de plus de 18 ans de règne en plusieurs séquences : d’abord le contrôle des forces de sécurité par l’armée et la police en nommant et en permutant les chefs étoilés sans oublier le secteur des renseignements. Ensuite par la réorganisation de l’appareil judiciaire, avec les mises en place effectuées à la tête de la magistrature.

Alors que la stratégie des kabilistes de faire tomber le nouveau Chef de l’Etat via un coup d’Etat militaire devenait de plus en plus improbable, il restait une deuxième : celle d’une destitution par le parlement après une accusation devant la Cour constitutionnelle.

Deux bras séculaires étaient à contribution, Jeanine Mabunda Liongo, présidente de l’Assemble nationale et son homologue Alexis Thambwe Mwamba, président du Sénat ; tous deux membres du PPRD le parti de Kabila et donc du FCC.

Mais c’était sans compter avec le basculement de la majorité au profit de la nouvelle vision de l’Union Sacrée de la Nation, celle d’une nouvelle gouvernance et de la lutte contre les antivaleurs notamment la corruption devenue endémique dans le pays.

La destitution de Mabunda suivi de celle du gouvernement FCC-CACH dirigé par Sylvestre Ilunkamba après des motions de censure contre eux ; l’ensemble couronné par la démission du bureau du Sénat Thambwe Mwamba plutôt que de subir l’humiliation de la destitution.

Dans la foulée, les nominations d’un informateur en la personne de Modeste Bahati Lukwebo qui avait des comptes à régler avec les kabilistes et d’un nouveau Premier ministre ont fini par surprendre ceux qui n’en croyaient pas encore.

Les Assemblées provinciales dans le Haut-Katanga avec la revanche de Gabriel Kyungu Wa Kumwanza ainsi que les gouverneurs des provinces seront dans la ligne de mire des réformateurs. Les entreprises du portefeuille de l’Etat et la Banque centrale squattaient par les hommes de Kabila ne sauront échapper à ce processus en douceur du déboulonnage.

Toute chose restant égale par ailleurs, encore une fois ; personne n’est obligé de me croire dans ma mauvaise foi car j’y reviendrais encore.

Afriwave

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