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Le Parlement congolais est en passe de réglementer les heures de commercialisation de boissons alcooliques sur l’ensemble du pays. Une proposition de loi interdisant la consommation d’alcool avant 18 heures, a été déposée le vendredi 29 avril dernier au bureau de l’Assemblée nationale. Pourvu que la plénière l’accepte. Autrement dit, l’assemblée plénière doit d’bord se prononcer sur cette initiative de loi. Elle peut, soit l’accepter, soit la rejeter carrément.

Cependant, avant même son examen à la Chambre basse, la proposition de loi sus-évoquée enflamme la toile. Dans les différentes plateformes de réseaux sociaux, colère et indignation s’en mêlent. Les internautes congolais aussi bien à Kinshasa, en provinces et mêmes en dehors du pays, y vont de leur désapprobation collective. Y compris dans les travées de l’hémicycle, où certains élus ne font plus mystère de leur sentiment de rejet de l’initiative de leur collègue.

«On devrait se garder de prendre des initiatives de loi porteuses de germes de conflits. Lorsqu’une proposition de loi ou une loi est déconnectée de réalités internes, elle peut conduire à des troubles que l’on pourrait éviter au sein de la société. Je crois, personnellement, que notre collègue a manqué une bonne occasion de se taire. A défaut d’une prise de parole sur de vraies questions sur la vie de nos populations, on croit mieux faire, en initiant une telle proposition de loi que je qualifie de liberticide», réagit, sous couvert de l’anonymat, un député USN, contacté le week-end dernier par «Forum des As» .

TOLLE SUR LA TOILE

Quand bien même que l’on ignorait encore les motivations réelles de son auteur, la proposition de loi interdisant la commercialisation, mieux la consommation de boissons alcooliques avant 18 heures sur l’ensemble du territoire congolais, suscite grand bruit. Toutes proportions gardées, à l’égal du tollé général suscité, il y a quelques mois, par la rumeur autour de l’initiative d’un député national sur l’homologation de mariage homosexuel en RD Congo.

•Jean-Firmin Tshibuyi (Mwene-Ditu/Haut-Lomami) :«On aura touché le fond, au cas où l’Assemblée nationale venait à accepter et examiné une telle proposition de loi. Le député, auteur de cette initiative, peut-il nous expliquer le vrai problème que pose la consommation d’alcool avant 18 heures en RD Congo ? C’est malheureux d’avoir ce type d’élus».

•Vincent De Paul Kayembe (Lubumbashi/Haut-Katanga): «Le malheur des Congolais est d’avoir une Assemblée nationale complaisante. Nos élus passent à côté de l’essentiel. Ils escamotent les vrais problèmes que pose le social des Congolais au profit des choses futiles. Interdire la consommation de boissons alcooliques avant 18 heures, suppose qu’aucun débit de boissons ne peut offrir ses services avant cette heure. Je reste persuadé que cette proposition de loi ne passera pas, au regard des conséquences qu’elle pourrait occasionner, non seulement pour les tenanciers des terrasses et autres bars, mais aussi et surtout, pour les sociétés brassicoles locales. Car, une fois que l’initiative de ce député est examinée et, éventuellement adoptée par la plénière, les brassiers payeront un lourd tribut en termes de manque à gagner».

•Julien Bwabwa (Kananga/Kasaï-central): «Le député qui a pris cette initiative confond le pays avec son foyer. Plutôt que de prendre une proposition de loi, par exemple, sur le petit commerce, l’exploitation des minerais, le logement, l’accès des Congolais aux soins de santé, à l’eau potable, à l’énergie électrique…voilà qu’il s’aventure à réglementer les heures de consommation de boissons alcooliques, comme si la prise de ces produits avant 18 heures était à la base de tous les problèmes que connaît le pays. Honte à lui, ça ne passera pas !»

•Guillaume Tsasa (Boma/Kongo-Central): «La RD Congo n’est pas dans la théocratie. Gare à toute initiative frisant un excès de zèle. Ce député s’est-il donné la moindre de peine de connaître l’apport des sociétés brassicoles au budget du pays, avant de penser à sa proposition de loi ? C’est de la comédie».

•Colette Mwadi (Kinshasa) :» A mon avis, ce député veut délibérément créer des troubles dans l’opinion. Pour un peuple mis au désespoir, comme le Congolais, on devrait s’empêcher de prendre des initiatives liberticides. Au nom d’un mandat, on ne doit pas prendre autant de libertés, sous-prétexte de réguler la société. Je ne vois pas un parlement responsable, dans le contexte socio-économique qu’est celui de la RD Congo, accepter l’examen d’une telle proposition de loi. Si d’aventure elle passe, alors on aura livré la population à la merci des agents de l’ordre malintentionnés».

Grevisse KABREL
Forum des as

SOMBA,TEKA Ofele

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